Mieux soigner le cancer, régénérer les coraux, recycler le solaire et résoudre une énigme martienne… C’est parti pour Électroscope #44.
Cancer : mieux soigner, c’est aussi préserver la vie d’après
Se passer de la chimiothérapie ? C’est un peu plus le cas aujourd’hui qu’hier aux États-Unis, grâce à un nouveau traitement contre le cancer du rectum.
Aux Électrons Libres, nous sommes raisonnablement optimistes sur le fait que le cancer puisse être vaincu dans les prochaines années. En attendant, chaque opération chirurgicale évitée, chaque séance de rayons épargnée est une victoire.
Le 19 octobre, l’agence américaine du médicament, la FDA, a accordé une autorisation accélérée à une immunothérapie pour certains patients atteints d’un cancer du rectum, la dernière partie du gros intestin. Son nom : le Jemperli (dostarlimab). Son objectif est d’aider les défenses naturelles du corps à mieux combattre la tumeur. Avec une perspective très encourageante : se passer de chimiothérapie, de radiothérapie et même de chirurgie !
Les résultats donnent la mesure de cette avancée. Dans une étude menée auprès de 154 patients, près des trois quarts n’avaient eu recours à aucun de ces trois traitements après un suivi médian de plus de deux ans. Par ailleurs, lors d’une précédente étude auprès de 50 patients, aucun ne présentait de cancer détectable lors de la publication. Un résultat qui mérite que l’on s’arrête sur ce qu’il signifie pour les personnes concernées.
Car le traitement d’un cancer peut profondément bouleverser l’existence des patients. Les opérations comme les rayons peuvent laisser des troubles intestinaux, affecter la sexualité ou compromettre la fertilité. Éviter ces conséquences, lorsque c’est possible, représente un bénéfice immense. C’est préserver une intimité, une autonomie, une façon de vivre.
Cette possibilité concerne un groupe précis : des adultes non traités, dont le cancer n’a pas gagné d’organes éloignés et dont la tumeur présente des caractéristiques biologiques qui la rendent sensible au traitement. Soit 3 % des cancers du rectum localement avancés.
Ce chiffre, certes limité, ne diminue en rien l’importance du progrès pour ceux qui peuvent en bénéficier. Le cancer du rectum touche des dizaines de milliers de nouvelles personnes aux États-Unis, et près de 800 000 dans le monde, et ce chaque année : même une fraction de patients éligibles représente donc un nombre important de bénéficiaires potentiels.
Le suivi devra confirmer la durée des bénéfices, et l’immunothérapie peut parfois entraîner des effets indésirables. C’est pourquoi cette autorisation accélérée s’accompagne d’études supplémentaires. Ces exigences font partie du travail scientifique qui permet d’avancer.

UCPVax : une nouvelle piste française contre le cancer
On le répète, la recherche contre le cancer est en pleine ébullition. En France, un vaccin thérapeutique développé au CHU de Besançon offre des raisons d’espérer — à confirmer à plus grande échelle.
Issu de la recherche publique, UCPVax explore une autre manière de mobiliser les défenses immunitaires de patients déjà atteints de cancer. Ce vaccin cible la télomérase, présente dans la grande majorité des cancers, et cherche à activer les lymphocytes T CD4, qui coordonnent la réponse immunitaire. Son ambition « universelle » désigne cette cible commune : elle ne signifie pas qu’une efficacité contre tous les cancers serait acquise.
Les résultats présentés donnent, selon nous, des raisons légitimes de poursuivre les essais. Cette piste rejoint les recherches sur les vaccins anticancer, que nous évoquions à propos d’un « super-adjuvant » testé chez la souris.
Dans le premier essai consacré au cancer du poumon, 75 % des patients ont développé une réponse immunitaire spécifique après la vaccination. Pour les cancers liés au HPV, l’étude VolATIL rapporte 6 rémissions complètes parmi les patients traités. Celle-ci associait toutefois UCPVax à l’atézolizumab, une autre immunothérapie : les résultats ne sauraient donc être attribués au vaccin seul. Le parcours de recherche a aussi comporté des revers : l’essai Optim-UCPVax, qui comparait deux associations thérapeutiques dans le cancer du poumon avancé et avait inclus 47 patients, s’est révélé non concluant et a dû être arrêté.
La suite se prépare déjà : un nouvel essai dans le cancer du poumon, UCPVax-Lung-02, est en préparation, tout comme une phase III d’environ 200 patients concernant les cancers liés au HPV, encore en recherche de financement. Ces étapes doivent permettre de déterminer si les résultats encourageants se confirment sur des effectifs plus importants !
Pour une recherche née au CHU de Besançon, la perspective est ambitieuse : développer un vaccin qui puisse entrer dans le traitement de plusieurs cancers. Les prochaines études diront jusqu’où l’approche peut aller. Mais les rémissions déjà observées donnent à ce projet une portée concrète : derrière les résultats, certains patients ont vu leur maladie reculer.
Coraux : la science redonne des couleurs et de l’espoir
Incroyable avancée, qui ouvre des perspectives spectaculaires pour la restauration des récifs coralliens ! À Stanford, des chercheurs ont obtenu le rétablissement de coraux blanchis grâce au contact avec leurs semblables sains, en seulement 7 semaines !
Il faut savoir reconnaître une bonne nouvelle, et Stanford en apporte une, tangible et documentée : des coraux blanchis ont entièrement récupéré en 7 semaines après avoir été mis en contact avec des fragments sains, génétiquement identiques. Selon l’étude publiée dans Science Advances, il s’agit du rétablissement le plus rapide documenté à ce jour !
L’expérience frappe par ses résultats sans équivoque. Les chercheurs ont constitué dix paires de fragments, associant un corail blanchi à un partenaire sain. Dans les cinq paires dont les fragments se touchaient, les coraux blanchis ont récupéré. Dans les cinq autres, séparées de quelques millimètres seulement, ils sont morts…
Au contact, les tissus fusionnent et permettent le transfert d’algues bénéfiques et de nutriments. En trois jours, les algues commencent à passer du fragment sain au corail blanchi, où elles se multiplient et lui fournissent, grâce à la photosynthèse, l’énergie nécessaire à son rétablissement. Dans certains essais, cinq jours de contact ont suffi à enclencher une récupération qui s’est poursuivie après leur séparation. Ce qui montre que le corail dispose, sous certaines conditions, d’une capacité de rétablissement remarquable.
La portée de ces travaux dépasse leur seule performance expérimentale. Ils invitent à regarder un corail blanchi comme un organisme qui n’est pas condamné, et que l’on peut encore aider. Pour la conservation, cette perspective doit devenir une priorité. Elle donne un objectif concret aux efforts de restauration : intervenir pour favoriser le retour à la santé.
Le prochain défi est de s’affranchir du recours à un clone sain pour chaque corail traité. L’équipe explore ainsi la possibilité de fournir directement les algues bénéfiques aux coraux blanchis. Voilà un programme qui mérite des moyens à la hauteur de son potentiel !
Poursuivre la lutte contre le réchauffement, protéger les récifs et développer les moyens de les restaurer participent d’une même ambition. L’an passé, nous avions décrit les coraux comme le thermomètre du vivant marin : avec cette belle avancée de la science, nous pouvons aussi commencer à raconter leur convalescence.

Solaire : une seconde vie à la hauteur de ses promesses
Le CEA ouvre une voie prometteuse pour exploiter la richesse des panneaux solaires en fin de vie ! Il promet de récupérer plus de 98 % de l’argent contenu dans les déchets photovoltaïques.
Une politique énergétique ambitieuse doit regarder au-delà de l’installation des équipements. Elle doit aussi préparer leur démontage, leur traitement et la remise en circulation de leurs composants. Chaque progrès dans cette chaîne donne davantage de consistance à la promesse d’une économie circulaire. Il invite à considérer les déchets comme une responsabilité collective et comme une ressource potentielle.
De récents travaux du CEA offrent un parfait exemple de cette logique vertueuse, avec un nouveau procédé permettant de récupérer plus de 98 % de l’argent contenu dans des déchets de cellules photovoltaïques, sans recourir à l’acide nitrique ! Le procédé de laboratoire a pu être testé avec succès dans un réacteur pilote de 20 litres.
L’approche consiste à dissoudre sélectivement d’autres métaux tout en préservant l’argent, puis à séparer celui-ci du silicium. La solution de traitement peut être réutilisée sur plusieurs cycles, selon les scientifiques. Le produit ainsi récupéré est un composite d’argent et de chlorure d’argent, qui nécessite encore un raffinage pour obtenir de l’argent métallique.
Ici, éviter l’acide nitrique a un avantage environnemental de poids : celui de contourner les émissions d’oxydes d’azote, ainsi que les effluents riches en nitrates associés aux procédés qui l’emploient. L’intérêt est également économique : récupérer un métal précieux permet de mieux valoriser les panneaux usagés. À condition de maîtriser les coûts du traitement, cette récupération pourrait contribuer à financer leur recyclage.
Le passage à l’échelle industrielle doit encore être évalué : mesurer les consommations, éprouver la réutilisation des réactifs et vérifier la régularité des performances pour juger la portée de l’avancée. C’est la prochaine étape de la recherche. Quoi qu’il en soit, le solaire gagnera en crédibilité en organisant toute la vie de ses matériaux. Car c’est aussi là que se construit le progrès : dans la capacité à préparer la suite.

MMX : dix grammes de matière pour bouleverser nos connaissances
Et si dix grammes de poussière suffisaient à résoudre l’une des grandes énigmes de Mars ? C’est le pari de la mission spatiale japonaise MMX, lancée le 19 octobre avec la participation de scientifiques français et allemands.
Le lancement réussi de la mission japonaise MMX, le 19 octobre à l’heure de Paris, ouvre une aventure dont la démesure tient autant à la distance parcourue qu’à la précision visée. Sous la conduite de l’agence spatiale JAXA, avec notamment des contributions françaises et allemandes, la sonde doit rejoindre Mars en 2027. Son objectif : rapporter sur Terre, en 2031, au moins 10 grammes prélevés sur Phobos, une de ses deux lunes.
Pourquoi se réjouir d’une si petite récolte ? Parce que ces échantillons pourraient éclairer une grande énigme. Phobos et Déimos sont-elles des astéroïdes capturés par Mars ou les produits d’un impact géant ? Leur origine reste débattue dans le monde scientifique. Des fragments arrachés à Mars pourraient aussi se trouver sur Phobos, et être ramenés !
Dans le cadre de cette mission, le rover franco-allemand « Idefix » est chargé d’examiner le sol pour aider à préparer l’atterrissage de la sonde. Le spectromètre MIRS, développé sous responsabilité française, étudiera la composition des surfaces. Le CNES apporte également son expertise des trajectoires et de la navigation. Derrière le départ de la fusée japonaise, il y a donc des équipes françaises, et des années de travail partagé.
Cette exploration rejoint une interrogation qui traverse toute l’aventure martienne : quelle histoire a fait de Mars le monde que nous observons aujourd’hui depuis la Terre ? La quête d’une vie passée sur la planète rouge en constitue l’un des volets les plus fascinants. MMX, en se focalisant sur l’origine de ses lunes, nous apportera, espérons-le, une partie de la réponse en nous faisant accéder aux « archives physiques » du système martien.
Si les échantillons sont rapportés avec succès, les chercheurs pourront étudier ici, dans leurs laboratoires, une matière jusqu’alors inaccessible. Ces prélèvements leur permettraient de découvrir enfin ce que les images seules ne peuvent nous révéler.
Chaque lundi, Les électrons libres vous propose un tour d’horizon des nouvelles électrisantes qui secouent le monde de la tech et œuvrent en faveur d’un progrès à même de changer votre quotidien.



















































