Être paralytique, se relever et marcher grâce à un robot ? C’est le pari du français Wandercraft. Il vient d’obtenir l’autorisation de la FDA américaine pour commercialiser Eve, son exosquelette destiné aux adultes atteints de lésions médullaires.
Le nom n’a évidemment rien d’anodin. « Ève, lève-toi et danse avec la vie », ce refrain de Julie Pietri qui a enflammé les soirées des années 1980, reprend vie plus que jamais quarante ans plus tard, en soulevant un véritable espoir. Eve est conçu pour permettre à des personnes en fauteuil de retrouver la position debout et de marcher sans béquilles ni déambulateur, de quoi redonner un certain contrôle de mouvement et danser avec la vie.
Grâce à ses douze moteurs articulés au niveau des hanches, des genoux et des chevilles, l’exosquelette se stabilise seul et permet, ainsi, à l’utilisateur de garder les mains libres. Ouvrir une porte, attraper un objet, préparer un repas ou simplement regarder quelqu’un à hauteur des yeux redevient possible. Conçu avec une autonomie de quatre heures et une vitesse de 0,9 km/h, il a permis à Nicolas Simon, cofondateur de Wandercraft, et son frère, alors atteint de la maladie de Charcot, de déambuler librement sur les quais de Seine.
Wandercraft est née en 2012 de l’histoire de deux familles, celle de Nicolas Simon et celle de Jean-Louis Constanza dont le fils Oscar était lui aussi touché par cette terrible maladie génétique rare et mortelle qui enferme le patient dans son corps. En 2024, Thibault Simon a d’ailleurs porté la flamme paralympique avec le prototype de son exosquelette personnel.
Réapprendre à marcher
Il ne suffit pourtant pas d’enfiler Eve pour se mettre à marcher. L’utilisateur et son accompagnant suivent une formation qui peut être répartie sur plusieurs séances, selon leur profil et leur aisance avec le dispositif. Et les premiers résultats sont intéressants. Une étude publiée en 2026 a suivi 16 personnes atteintes de tétraplégie ou de paraplégie haute. Les 16 participants ayant terminé le protocole ont atteint les objectifs fixés aux tests de marche et de mobilité. Quinze ont réussi à enfiler l’exosquelette dans le délai prévu après quatre séances et les 16 ont réussi à le retirer. Aucun événement indésirable grave n’a été observé.
Concrètement, le parcours commence par une évaluation clinique et un essai de l’appareil. Si l’essai est concluant et qu’un médecin le prescrit, Eve est ajusté et fabriqué sur mesure pour son utilisateur, qui suit ensuite un programme d’entraînement personnalisé avant la livraison. Dans l’étude, ce programme tenait en quatre séances, avec au menu l’enfilage de l’appareil, la façon de se lever et de s’asseoir, la marche à l’intérieur comme à l’extérieur, les gestes du quotidien et les consignes de sécurité. L’accompagnant s’y forme en même temps, car il doit rester à portée de bras. Et si la batterie se vide, les moteurs se désengagent et un frein abaisse doucement l’utilisateur jusqu’au sol, selon Wandercraft.
Ces deux épreuves sont classiques en rééducation. La première consiste à se lever d’un siège, marcher quelques mètres, faire demi-tour et se rasseoir. La seconde, à marcher pendant six minutes. Les réussir n’a rien d’anodin pour ces participants, tétraplégiques ou paraplégiques hauts. Les premiers exosquelettes personnels exigeaient en effet des béquilles ou un déambulateur, et un tronc suffisamment solide, ce qui les réservait à d’autres profils.
L’autorisation américaine s’appuie par ailleurs sur un essai mené sur trois sites, dont la Kessler Foundation, dans le New Jersey, et un hôpital des vétérans à New York. Les résultats sur les 16 premiers binômes, un utilisateur et son accompagnant, ont été présentés le 8 septembre et concluent à une marche mains libres sécurisée, avec peu d’événements indésirables. Ces essais sont toutefois promus par Wandercraft elle-même, comme l’indique le registre américain des essais cliniques.
Et cette promesse, Valentin Giraud peut désormais en témoigner. Le champion français de para-tir à l’arc a essayé Eve en mars 2026 et raconte le plaisir de pouvoir « se tenir debout, être à la hauteur des autres », mais aussi de se déplacer avec eux et de marcher dans la rue. Une expérience qu’il résume en quelques mots : « La technologie au service de l’humain. »
En France, on estime à environ 40 000 le nombre de personnes paraplégiques ou tétraplégiques, avec près de 1 500 nouveaux cas chaque année, d’après une question écrite posée à l’Assemblée nationale. Ces chiffres restent des estimations, car l’Académie nationale de médecine rappelle qu’il n’en existe que très peu d’officiels.
Idem concernant notre exosquelette, sur lequel les études sont encore limitées en nombre et montrent avant tout que ce sont des personnes sélectionnées qui peuvent apprendre à le maîtriser pour accomplir certaines tâches de mobilité. En effet, un poids maximum de 100 kg pour 1,94 m et la capacité de manipuler la manette sont préconisés par Wandercraft. Enfin, Eve ne remplace pas un fauteuil roulant, ne permet pas de monter les escaliers et nécessite la présence d’un accompagnant formé.
Il ne rend donc pas leur mobilité complète aux personnes paralysées mais leur offre la liberté de se lever quand elles le décident.
Qui paiera ?
Reste la question du prix. Wandercraft ne l’a pas rendu public. Selon ICI Azur, Eve coûterait environ 115 000 euros, et L’Usine Nouvelle rapportait en 2024 un prix visé de 94 000 dollars aux États-Unis. Pour tenter de le faire baisser, l’entreprise s’appuie sur Renault, entré à son capital en juin 2025 pour industrialiser ses exosquelettes et en réduire le coût. Outre-Atlantique, une partie de la facture peut être prise en charge. Medicare couvre les exosquelettes personnels éligibles, tout comme l’administration des vétérans et les assurances accidents du travail, sous conditions.
En France, le chemin est plus long. Pour qu’un appareil de ce type soit remboursé par l’Assurance maladie, la Haute Autorité de santé doit d’abord l’évaluer, puis le Comité économique des produits de santé négocie son tarif. En 2024, Jean-Louis Constanza regrettait qu’en France, la Sécurité sociale n’ait pour l’instant accordé aucun remboursement. En mai dernier, lors d’une présentation d’Eve en avant-première au CHU de Nice, l’entreprise indiquait toujours négocier pour que les patients français puissent le commander chez eux et être remboursés. Depuis, Wandercraft n’a pas, à notre connaissance, annoncé de calendrier pour la France.
Aux États-Unis, Eve est désormais commercialisé depuis septembre 2026. En France, il reste encore des étapes à franchir avant un accès comparable à celui ouvert outre-Atlantique, notamment sur le cadre réglementaire et les modalités d’accès au dispositif. Pour l’heure, Eve se teste, se découvre et se prépare déjà sur le terrain hexagonal. Reste maintenant à savoir quand il pourra intégrer le quotidien de ces Français en attente.














































