Rendre possible l’avion électrique, sécuriser les opérations du dos, développer une chimie plus propre, mieux comprendre l’obésité et faire voler un roadster… C’est parti pour Électroscope #43.
Avion électrique : Saft et Safran mettent leurs nouvelles batteries à l’épreuve
Emporter davantage d’énergie sans alourdir l’appareil : voilà le principal casse-tête de l’aviation électrique. Saft et Safran avancent sur ce sujet avec de premières cellules de batteries « semi-solides », avant de passer aux « tout-solides » l’an prochain !
Le 15 octobre, Safran a annoncé la livraison des premières cellules semi-solides issues de sa collaboration avec Saft. Fabriquées à Bordeaux, ces briques élémentaires des futures batteries vont être testées au Centre d’essais système de Safran, à Niort. L’objectif : préparer leur intégration dans des systèmes de propulsion électriques ou hybrides.
Ce partenariat, dévoilé au Salon du Bourget en juin 2025, associe l’équipementier aéronautique à la filiale de TotalEnergies spécialisée dans les batteries. Leur ambition dépasse la seule cellule : les deux partenaires doivent concevoir un ensemble capable de stocker l’énergie, de délivrer une forte puissance et de maîtriser les risques de surchauffe. L’architecture annoncée se veut adaptable à différents aéronefs.
Dans ce type de batteries, tout repose sur le déplacement d’ions lithium entre deux électrodes, lors de la charge puis de la décharge. Pour circuler, ces ions traversent un milieu appelé électrolyte, liquide dans une batterie lithium-ion classique. Le modèle « semi-solide » dont il est question ici conserve une part d’électrolyte liquide, liée à des éléments solides assurant également le transport des ions. Une formule intermédiaire qui vise à stocker davantage d’énergie tout en réduisant les risques liés aux électrolytes liquides inflammables. L’étape suivante, le « tout-solide », consiste à supprimer entièrement cette phase liquide.
Dans les airs, chaque kilo compte !
Le défi est physique autant qu’industriel. Ajouter des batteries augmente l’énergie disponible, mais aussi… la masse à soulever. Une part du bénéfice est donc absorbée par le transport des batteries elles-mêmes. C’est pourquoi les recherches sur les batteries solides visent à améliorer la quantité d’énergie stockée par kilo, ainsi que la sécurité. Elles doivent également répondre à une autre exigence : restituer rapidement une puissance élevée pour la propulsion. La NASA explore elle-même cette voie avec son programme SABERS.
Chez Saft et Safran, le calendrier prévoit d’étendre les travaux aux cellules et batteries « tout-solides » à partir de 2027. Une technologie qui va permettre de produire des batteries bien plus légères à capacité égale. De quoi emporter davantage d’énergie sans alourdir l’avion, ou consacrer le poids économisé aux passagers et au fret.

Après une opération du dos, un patch contre les hématomes ?
Une fois l’opération terminée, le danger n’est pas toujours écarté ! Un saignement près de la moelle épinière peut transformer les heures suivantes en véritable course contre la montre. Un patch expérimental pourrait aider à repérer cette menace.
Après une chirurgie de la colonne vertébrale, du sang peut s’accumuler dans l’espace entourant les structures nerveuses et former ainsi un hématome « compressif ». Douleurs, faiblesse musculaire, voire paralysie : les conséquences peuvent être lourdes. Les formes symptomatiques restent rares, heureusement, mais exigent une réaction rapide de l’équipe soignante. Le pronostic dépend pour l’essentiel du délai pour « décompresser ».
Aujourd’hui, l’apparition de troubles neurologiques conduit à rechercher rapidement cette complication, généralement au travers d’une IRM. Une nouvelle opération en urgence est alors nécessaire pour évacuer l’hématome et libérer les nerfs comprimés. L’enjeu prioritaire est donc de gagner du temps, avant que les lésions ne deviennent irréversibles !
Des fibres qui libèrent un médicament
C’est l’objectif d’une équipe de l’Université nationale de Taïwan. Présenté le 15 octobre et décrit dans la revue Nano Energy, son dispositif implantable et biodégradable associe des fibres extrêmement fines, un polymère et de la glycine, un acide aminé.
Sa particularité : sous une pression mécanique, ce patch est capable de produire un signal électrique mesurable. Cette propriété, appelée piézoélectricité, lui permet de repérer une hausse de pression liée à l’accumulation de sang près des structures nerveuses, et de « lancer l’alerte » en quelque sorte. Le matériau joue ainsi le rôle d’une sentinelle, sans alimentation externe pour cette fonction de détection.
Mais ces fibres ne servent pas uniquement à surveiller : elles renferment aussi de l’urokinase, un médicament capable de dissoudre les caillots ! Des ultrasons appliqués depuis l’extérieur du corps stimulent sa libération, avec l’objectif de délivrer le traitement directement dans la zone concernée, au moment voulu. En laboratoire, les expériences sur des caillots ont atteint près de 70 % de dégradation, expliquent les chercheurs.
Ces résultats ne démontrent pas encore un bénéfice chez les patients. Des études animales et des évaluations cliniques restent nécessaires pour établir l’efficacité et la sécurité du dispositif. L’espoir est, à terme, de réunir surveillance et traitement ciblé dans un même dispositif.

Une enzyme bactérienne pour alléger la facture écologique de la chimie
Fabriquer les ingrédients de nos médicaments ou de nos aliments avec des outils empruntés au vivant : la piste prend de l’ampleur. Au Portugal, des chercheurs ont perfectionné une enzyme bactérienne capable d’accélérer certaines transformations chimiques, avec l’espoir de rendre leur production moins polluante.
Derrière un arôme ou un composé pharmaceutique se cache souvent une succession de réactions chimiques. Parmi elles, certaines méthodes d’oxydation des alcools emploient des réactifs agressifs, demandent un chauffage ou génèrent des déchets toxiques. Or, il s’avère que certaines protéines, comme les « galactose oxydases », peuvent accomplir ces transformations dans des conditions beaucoup plus douces, en utilisant l’oxygène.
Connues chez les champignons, ces enzymes disposent désormais d’une représentante bactérienne, caractérisée par une équipe de l’institut de recherche ITQB NOVA, au Portugal : PsGalOx. Annoncés le 12 octobre, les travaux sont publiés dans Chem & Bio Engineering. Leur ambition : enrichir la boîte à outils d’une chimie qui s’appuie sur les capacités du vivant.
Les chercheurs, qui avaient beaucoup de difficultés à produire l’enzyme sous une forme soluble, ont décidé d’utiliser les prédictions d’AlphaFold — un système d’intelligence artificielle qui peut modéliser les protéines —, qui leur a permis de comprendre son architecture, et surtout d’identifier des modifications prometteuses pour l’améliorer…
Accélérer l’évolution pour une chimie plus « verte »
L’équipe a ensuite utilisé ce qu’on appelle « l’évolution dirigée » : c’est-à-dire introduire des mutations, tester les variantes obtenues, puis sélectionner les plus performantes. Cette méthode, qui a valu à Frances Arnold la moitié du prix Nobel de chimie en 2018, sert déjà à développer des enzymes pour fabriquer des substances pharmaceutiques ou des biocarburants. Elle permet d’adapter les outils du vivant aux besoins des industriels.
Ici, les premières améliorations visaient surtout une production accrue de l’enzyme sous forme soluble. D’autres modifications ont ensuite renforcé son efficacité propre. La variante finale affiche une efficacité catalytique environ 40 fois supérieure à celle de l’enzyme initiale sur le galactose, un sucre, et jusqu’à 1 800 fois supérieure sur l’alcool benzylique.
La prochaine étape sera d’adapter cette enzyme à des molécules présentant un intérêt pratique pour l’alimentation, la pharmacie ou encore la fabrication de matériaux. Une approche qui devrait aider l’industrie à fabriquer des ingrédients du quotidien en consommant moins d’énergie et en générant moins de déchets.

Imprimer des cellules graisseuses humaines pour mieux comprendre l’obésité
La graisse humaine est fragile… surtout lorsqu’elle passe dans une imprimante 3D. Une équipe allemande a mis au point une méthode pour préserver ces cellules délicates et fabriquer des modèles de laboratoire plus proches du vivant.
À l’université de Stuttgart, des chercheurs présentent une nouvelle méthode qui permet d’intégrer des cellules graisseuses humaines matures, appelées adipocytes, dans des structures imprimées en trois dimensions, tout en conservant leur activité. Leurs travaux, publiés dans la revue Engineering in Life Sciences, proposent une nouvelle approche pour manipuler ces cellules volumineuses et sensibles aux contraintes mécaniques.
Le principe : mélanger les cellules à une « bio-encre », un gel à base de gomme gellane, puis déposer ce mélange dans un bain de soutien en agarose. Celui-ci maintient les filaments en place pendant l’impression, comme un échafaudage temporaire. Sans ce support, l’encre très souple s’étale et les couches se superposent difficilement.
Après trois jours, les cellules conservent leur réserve de lipides et restent capables de répondre à une stimulation qui déclenche la dégradation des graisses. Un résultat essentiel : pour étudier un tissu, préserver sa forme ne suffit pas, il faut maintenir son fonctionnement.
La graisse, bien plus qu’un stock d’énergie !
L’enjeu dépasse la prouesse d’impression. Le tissu adipeux participe à la régulation du métabolisme et émet des signaux hormonaux. Son dysfonctionnement intervient notamment dans la résistance à l’insuline et le diabète de type 2. Or, les cultures cellulaires à plat reproduisent mal son organisation et sa souplesse. Quant aux modèles animaux, ils présentent des différences biologiques avec l’être humain.
De nombreux modèles tridimensionnels utilisent donc des cellules souches que l’on fait évoluer vers des cellules graisseuses. Pouvoir travailler directement avec des adipocytes matures permet d’étudier des cellules déjà spécialisées, mais leur fragilité et leur tendance à flotter ont compliqué leur manipulation jusqu’ici. La méthode annoncée pourrait faciliter l’étude des maladies métaboliques et les premiers essais de médicaments.
Elle reste toutefois une étape de laboratoire : les évaluations portent principalement sur trois jours. Prolonger la culture, intégrer d’autres types de cellules et intégrer un réseau vasculaire seront nécessaires pour mieux reproduire la complexité du tissu humain.

Tesla Roadster « volante » : les secrets d’un décollage spectaculaire
Une voiture qui décolle du sol et se retourne dans les airs : Tesla a offert un spectacle digne d’un film d’espionnage. Derrière les acrobaties de son nouveau Roadster, deux technologies bien réelles. Mais la voiture volante du quotidien reste loin !
Le 15 octobre 2026, au Texas, Tesla a dévoilé une nouvelle mouture de son Roadster électrique. Le prototype a gravi une rampe incurvée, roulé la tête en bas, puis effectué une rotation aérienne avant de retomber sur ses roues. Une autre démonstration l’a montré franchissant une rangée de véhicules. De quoi relancer une promesse ancienne d’Elon Musk : faire décoller une automobile grâce aux technologies de son entreprise spatiale.
Le mot « volante » mérite toutefois des guillemets. Les démonstrations montrent de brèves acrobaties aériennes, pas un trajet prolongé au-dessus des embouteillages. Cette version « Rocket » du véhicule, monoplace et accessible uniquement sur invitation, n’est pas encore (sans doute jamais, disent les sceptiques) approuvée pour circuler sur la voie publique.
Des jets de gaz pour décoller, des ventilateurs pour adhérer
Premier secret : des propulseurs à gaz froid, développés avec SpaceX. De l’air comprimé sous haute pression est expulsé par des buses. Par réaction, la voiture est alors poussée dans la direction opposée, comme un ballon que l’on lâche sans nouer son ouverture. Zéro combustion. Sur le prototype, dix buses permettent de soulever le véhicule et de contrôler ses rotations. L’ensemble est alimenté par des réservoirs d’un volume total de 600 litres.
Second dispositif : des ventilateurs aspirent l’air sous la carrosserie. La différence de pression plaque la voiture contre la surface, augmentant son adhérence. Cette aspiration permet de la maintenir à l’envers sur une rampe, comme démontré lors de la présentation.
Les deux systèmes remplissent donc des fonctions opposées : l’un aide le Roadster à quitter le sol, l’autre à y rester accroché. Ce spectacle s’inscrit dans une longue attente. Présentée dès 2017 et initialement attendue pour 2020, cette seconde génération est désormais annoncée en production pour 2028. Pour Tesla, qui réoriente ses priorités vers la conduite autonome et la robotique, le Roadster sert surtout de vitrine technologique. Reste une question : la « Rocket » sera-t-elle vraiment autorisée à rouler, un jour, en Europe ?















































