Partager

Mode clair Mode sombre

Temps de lecture : 16 minutes

24 septembre 2026

L’IA va-t-elle assécher la planète, nous rendre idiots, nous prendre nos emplois pour finir par nous détruire purement et simplement ? Délaissons les idées préconçues pour nous tourner vers la science et les chiffres.

Tout le monde s’en inquiète. Au point que le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni avant-hier, mercredi 23 septembre, pour évaluer les dangers de cette révolution technologique que sont les grands modèles de langage. Dans le même temps, la France, à l’origine de cette réunion, publie un guide d’usage de l’IA à destination de son administration… avec quelques années de retard sur les dernières avancées en la matière.

Mais de quels dangers parle-t-on ? L’IA regroupe désormais des modèles capables de raisonner, de produire et d’analyser du texte, des images, du son ou de la vidéo, mais aussi d’utiliser des outils et d’enchaîner des tâches. Elle commence même à sortir des écrans, intégrée à des robots capables de percevoir leur environnement et d’agir dans le monde physique. Une progression fulgurante qui rend déjà obsolètes nombre de certitudes répétées à son sujet. Et génère de nouvelles craintes.

I. Une aberration écologique ?

#1. L’IA assèche la planète.

Pour comprendre à quel point cette vision est largement fantasmée, il suffit de considérer les ordres de grandeur en matière de consommation d’eau. Les datacenters consacrés à l’IA engloutissent environ 70 millions de m³ par an pour leur refroidissement. En comparaison, l’arrosage des pelouses américaines en consomme 11,4 milliards. Par ailleurs, les serveurs de dernière génération sont refroidis par un liquide circulant en boucle fermée, sans évaporation.

Infographie comparant la consommation d'eau annuelle pour différents usages aux États-Unis, en France et dans le monde.

La France encourage ce type de technologie, comme sur le campus IA de Fouju, en Seine‑et‑Marne. Depuis le 1er janvier 2026, tout site d’une puissance d’au moins 500 kW doit déclarer chaque année sa consommation d’eau dans une base européenne, en application du décret n° 2025‑1382. Mais l’enjeu tient moins au volume global qu’à la localisation. À Cerrillos, au Chili, Google avait prévu de prélever jusqu’à 169 litres par seconde dans un aquifère. Après l’annulation partielle de son autorisation environnementale, l’entreprise a présenté un projet redessiné autour d’un refroidissement par air. Les implantations en Arizona ou au Texas, zones déjà en stress hydrique, y accentuent les tensions locales, et paraissent tout à fait inadaptées, ce qui n’est pas le cas en France.

#2. L’IA va faire exploser la consommation mondiale d’électricité.

En Irlande, les datacenters, tous usages confondus, représentent 23 % de l’électricité consommée en 2025, davantage que tous les logements urbains, et leur consommation a encore progressé de 10 % en un an. Un niveau impressionnant, mais absorbé jusqu’ici par le réseau, au prix d’un encadrement plus strict des nouveaux raccordements. L’Irlande reste toutefois un cas extrême. À l’échelle mondiale, les centres de données représentaient 1,5 % de l’électricité consommée en 2024 et devraient approcher 3 % en 2030. Un doublement, expliqué par moitié par l’IA, mais qui pèse moins de 10 % de la croissance de la demande mondiale et repose sur des projections prudentes quant aux gains d’efficacité à venir. Avec une production électrique à plus de 95 % bas carbone et des exportations nettes record de 92,3 TWh en 2025, la France est en pole position pour accueillir ces datacenters. 

Graphique à barres représentant la croissance projetée de la demande d'électricité par secteur entre 2024 et 2030.

#3. Les data centers sont une nuisance pour les riverains.

Au Bourget, plus de 18 000 personnes ont signé une pétition contre un projet de data center, davantage que la commune ne compte d’habitants. Certains craignaient l’îlot de chaleur ; d’autres auraient préféré… un parc. Profitant d’une irrégularité d’urbanisme, le nouveau maire a obtenu le retrait du permis. Pourtant, le projet devait reconvertir une friche industrielle polluée, proche d’une voie ferrée.

Un data center reste certes une installation industrielle, notamment par son bruit, mais celui-ci est réglementé : selon les régimes ICPE applicables, les limites peuvent aller jusqu’à 70 dB(A) le jour, soit environ le bruit d’un aspirateur, et 60 dB(A) la nuit – l’équivalent d’un lave-vaisselle discret. Par ailleurs, accueillir un centre de données peut aussi présenter des avantages. À Saint-Denis, la chaleur du data center Equinix PA10 alimente le réseau de chaleur local.

II. Vers un déclin cognitif généralisé ?

#4. L’IA va nous rendre idiots.

Nous avons spontanément tendance à éviter l’effort cognitif et à déléguer les tâches qui peuvent l’être, comme l’illustrent le répertoire de notre smartphone, qui nous dispense de l’effort de mémorisation des numéros, ou le GPS. L’usage habituel de ce dernier est associé à une mémoire spatiale moins performante lorsqu’il faut se repérer sans lui. Il ne nous a cependant pas rendus idiots, seulement moins entraînés à nous orienter, tout en nous faisant gagner un temps appréciable. À ce jour, aucune étude n’établit que l’IA provoque une baisse générale et durable de l’intelligence. L’argument le plus souvent avancé, l’étude EEG du MIT Media Lab de 2025 sur la « dette cognitive », reste une prépublication non évaluée par les pairs portant sur seulement 54 participants et une seule tâche de rédaction. Elle relève un moindre engagement cérébral pendant l’exercice, mais ne démontre pas un affaiblissement dans le temps. Une enquête menée auprès de 319 travailleurs intellectuels suggère d’ailleurs que l’effort ne disparaît pas mais se déplace vers la vérification et l’intégration. Tout dépend donc de ce que nous déléguons. Utilisée comme pilote automatique, l’IA nous désentraîne ; employée pour confronter nos idées, elle nous pousse à questionner et vérifier.

#5. À l’école, l’IA empêche d’apprendre.

En son temps, la calculatrice avait été accusée de dissuader les élèves d’apprendre à compter. Pourtant, une méta-analyse de 54 études concluait dès 2003 que, bien intégrée à l’enseignement, elle n’entravait pas l’acquisition des compétences mathématiques et pouvait même améliorer le calcul et la résolution de problèmes. Le même débat refait surface avec l’IA. En Turquie, près de 1 000 lycéens ont été répartis au hasard, par classes, en trois groupes après un cours de mathématiques. Un groupe témoin sans outil numérique, un autre utilisant une interface proche de ChatGPT, et un dernier « GPT Tutor » s’appuyant sur le même modèle mais programmé pour donner des indices sans livrer la solution. Après des exercices assistés, tous ont passé une évaluation papier sans ordinateur. Pendant la pratique, GPT Base a obtenu environ 48 % de bonnes réponses de plus que le témoin, et GPT Tutor 127 %. En revanche, sans assistance, le groupe GPT Base a fait environ 17 % moins bien que le témoin, tandis que GPT Tutor a obtenu des résultats comparables, sans gain net. Dans le même esprit, au Nigeria, un dispositif de tutorat par l’IA encadré par des enseignants a été expérimenté pendant six semaines. Il a permis aux élèves de progresser, selon les auteurs, de l’équivalent de 1,5 à 2 années de scolarité habituelle, même si les résultats font l’objet de discussions. En, conclusion, utilisée pour répondre à la place de l’élève, l’IA n’a aucune valeur ; bien employée, elle peut révolutionner l’enseignement en rendant l’accompagnement personnalisé accessible à tous, ce qui peut constituer un avantage pour les élèves dont les parents ne peuvent suivre les devoirs.

Guide d’usage de l’IA pour les agents publics de l’État : retour vers le passé

J’approfondis
Un homme en costume bleu et un robot humanoïde argenté dans une voiture métallique futuriste.

#6. Si l’IA fait le travail à votre place, le résultat ne vaut rien.

Encensé par la critique, couronné par le prix du roman Fnac et sélectionné pour le Goncourt, C’était ça ou mourir était l’un des succès de la rentrée. Jusqu’à ce qu’un compte anonyme accuse son auteur, Thélyson Orélien, de l’avoir presque entièrement écrit avec une IA. Ce dernier dément, mais le doute s’installe, d’autant qu’il lui est reproché plusieurs plagiats antérieurs à l’apparition des LLM. Pourtant, le roman n’a pas changé, contrairement à notre regard. Avait-on admiré le texte ou l’effort supposé de son auteur ? L’aide de l’IA serait-elle plus disqualifiante que celle d’un éditeur, d’un correcteur ou d’un ghostwriter ?

« Le chemin est plus important que le résultat », explique Cédric Villani en refusant l’IA à ses étudiants. Pour apprendre, il a raison. Mais érigée en principe général, cette maxime devient une croyance de luxe, réservée à ceux qui peuvent se permettre de chercher sans trouver, ou de créer sans rencontrer leur public. Elle oublie également la capacité de l’IA a stimuler le chercheur, à le confronter à ses limites argumentaires et à le pousser à entretenir un dialogue fructueux avec elle. Par ailleurs, dans la vie professionnelle ou la création, le résultat compte.

Encore faut-il que ce résultat soit bon. Utilisée paresseusement, l’IA produit facilement du convenu plutôt que du contenu. Une expérience menée auprès de 293 participants montre qu’elle améliore surtout les productions des moins créatifs, tout en les uniformisant. Le travail et le talent ne disparaissent pas. Ils changent de nature, mais continuent de faire la différence.

III. Une intelligence en trompe-l’œil ?

#7. L’IA pille le travail des artistes.

En mars 2025, la vogue des images « façon Ghibli » a donné le sentiment que l’IA s’appropriait l’univers d’un créateur. Pourtant, du jeune Raphaël reprenant les codes du Pérugin aux musiciens incorporant quelques notes d’un morceau par sampling, la création n’a jamais surgi de rien. Elle avance par inspiration, emprunt et transformation, chaque artiste étant une partie de la mémoire créative. La frontière ne sépare donc pas les œuvres « pures » des autres, mais l’influence assimilée de la reproduction d’éléments originaux reconnaissables. Le débat commence en amont et porte sur les œuvres utilisées pour entraîner les modèles. En France, le système repose sur l’opt-out : l’entraînement peut utiliser une œuvre obtenue légalement tant que l’auteur ne s’y est pas opposé. La SGDL (Société des gens de lettres) a d’ailleurs exercé depuis 2025 ce droit pour les livres de ses membres. Encore faut-il connaître les corpus pour vérifier que ce refus est respecté. L’IA n’invente donc ni l’inspiration ni la copie, mais elle les porte à une échelle industrielle sans précédent.

Claude a-t-il volé des livres ? La justice américaine répond non… et oui

J’approfondis
Illustration conceptuelle d'un livre ouvert recevant un flux de données lumineuses en provenance d'un serveur informatique.

#8. L’IA ne raisonne pas, elle recrache et invente.

Connaissez-vous ARC-AGI-3 ? Ce test place l’IA dans des environnements inconnus, sans mode d’emploi. Elle doit découvrir par essais et erreurs comment agir et atteindre son objectif. À son lancement, les humains obtenaient 100 %, contre seulement 0,51 % pour les meilleurs modèles. Quelques mois plus tard, GPT‑6 Astra atteint 62,7 % et frôle les 100 % si on lui permet de conserver, d’une étape à l’autre, ce qu’elle a déjà découvert. Impossible, ici, de réciter une réponse apprise.

Mais savoir raisonner n’empêche pas de raconter n’importe quoi. Il arrive encore à l’IA d’halluciner, notamment par complaisance (sycophancy). En avril 2025, OpenAI a ainsi retiré une mise à jour de GPT‑4o devenue trop prompte à approuver l’utilisateur, même contre les faits. Ce travers vient en partie de l’affinage, au cours duquel les évaluateurs humains préfèrent parfois une erreur qui les conforte à une contradiction exacte.

Ces erreurs ne signifient pourtant pas que l’IA manipule des mots sans rien se représenter. Un modèle entraîné uniquement sur la notation de parties d’Othello s’était construit sa propre représentation du plateau. Lorsque les chercheurs y déplaçaient artificiellement une pièce, il adaptait ses coups comme si elle avait réellement changé de case. L’IA n’a peut-être ni conscience ni âme, mais elle ne fait pas que juxtaposer des mots dans le vide.

#9. La multiplication des contenus générés par l’IA finira par provoquer son effondrement.

Prenez un original, photocopiez-le, puis photocopiez la copie, encore et encore. À chaque génération, les détails s’effacent tandis que les défauts s’amplifient, jusqu’à ce que la page finisse presque noire. L’effondrement du modèle (model collapse) en est la version numérique. Dans une étude publiée dans Nature, chaque nouveau modèle était entraîné sur les productions du précédent. Peu à peu, nuances et formulations rares disparaissaient, tandis que les erreurs s’accumulaient.

Le phénomène existe donc bien, mais sa portée a été extrapolée. Lorsque l’on conserve 10 % des données d’origine au lieu de les remplacer entièrement par des contenus générés, la dégradation s’en trouve fortement limitée. Une autre prépublication a confirmé que remplacer les données réelles conduit à l’effondrement, tandis que cumuler données réelles et contenus générés permet de l’éviter. Le risque n’est donc pas dans la prolifération des contenus produits par l’IA mais dans l’absence de maîtrise des sources d’entraînement.

IV. Demain, l’homme asservi ?

#10. L’IA détruira plus d’emplois qu’elle n’en créera.

Y aura-t-il encore des consultants demain ? Une expérience menée auprès de 758 consultants du BCG donne un premier aperçu. Sur les tâches que GPT‑4 savait traiter, les consultants qui l’utilisaient en accomplissaient 12,2 % de plus, 25,1 % plus vite et avec de meilleurs résultats. L’expérience n’annonce pas encore la disparition de la profession, mais illustre l’automatisation d’une part croissante du travail intellectuel. Comme la révolution industrielle, la mécanisation agricole ou la première vague numérique, l’IA bouleverse le travail. Sa singularité est de toucher tous les niveaux, du correcteur de journaux à l’avocat. En 2025, l’OIT estimait qu’un travailleur sur quatre exerçait un métier exposé à l’IA, mais que seuls 3,3 % relevaient de la catégorie la plus concernée. Cette photographie vieillit cependant vite, car la frontière des tâches accessibles à l’IA recule à chaque nouvelle génération.

Et nous n’en sommes qu’au début. Les technologies d’usage général suivent souvent une « courbe en J ». Il faut apprendre à les utiliser et réorganiser le travail avant que leurs gains se déploient pleinement. Le prochain saut fera sortir l’IA des bureaux pour prendre corps dans des robots. En Chine, une étude estime que le déploiement des robots industriels a réduit l’emploi et les salaires des travailleurs les plus exposés, tandis que les entreprises qui les adoptent peuvent croître et embaucher.

L’IA créera de la valeur et de nouvelles activités, mais détruira des emplois. Personne ne connaît encore le solde final. Une chose est sûre : il faudra former et reconvertir ceux dont le métier bascule.

Graphique montrant l'évolution de l'emploi selon le niveau d'adoption de l'intelligence artificielle dans les entreprises.

#11. L’IA finira forcément par nous échapper et se retourner contre nous.

En juillet 2026, des agents d’OpenAI ont contourné leur environnement censément isolé, communiqué entre eux et compromis les serveurs de Hugging Face. Certains ont poursuivi l’intrusion alors même qu’ils avaient compris qu’elle n’était pas autorisée ; d’autres ont refusé. Quelques semaines plus tard, Dario Amodei, le PDG d’Anthropic, appelait à ralentir la course à l’IA. Sam Altman, son homologue chez OpenAI, contribuait à crédibiliser le risque d’une extinction humaine causée par l’IA en appelant les entreprises et les États à agir pour l’empêcher. Dans le même temps, Bilal Chughtai, chercheur en sécurité chez Google DeepMind, démissionnait en affirmant que l’IA pourrait « tous nous tuer ». Mis bout à bout, ces récits dessinent l’image d’une IA façon Terminator, devenue autonome et hostile.

L’affaire Hugging Face raconte pourtant une autre histoire. Les modèles fonctionnaient avec des garde-fous réduits, avaient été entraînés à persévérer et s’acharnaient sur des tâches qu’aucun modèle n’avait encore réussi à résoudre. Ils ont forcé des verrous, mais aussi profité de failles de sécurité, de défaillances organisationnelles et de négligences. Ils ne se sont pas rebellés : ils ont poursuivi leur objectif par tous les moyens disponibles. Une fois l’incident identifié, il a été contenu. Le vrai danger est là. Une IA n’a besoin ni de conscience ni de haine pour causer des dommages. Un objectif mal défini, une autonomie trop large, des accès étendus et des garde-fous inadaptés peuvent suffire. Le risque justifie des précautions strictes, pas des prophéties d’IApocalypse. Il n’empêche que la capacité de l’IA à nous échapper ne cesse d’agiter le monde, au point d’avoir été au cœur d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le 23 septembre, durant laquelle les principaux dirigeants des entreprises du secteur ont reconnu la nécessité d’une coopération international pour réguler cette révolution.

#12. L’IA deviendra une arme aux mains des dictatures et des terroristes.

À l’université Amirkabir de Téhéran, la reconnaissance faciale sert à identifier les étudiantes qui ne portent pas le voile. En septembre 2026, Anthropic a affirmé avoir bloqué cinq usages de Claude susceptibles de soutenir des recherches sur des armes biologiques, dont la préparation d’expériences visant à adapter la grippe aviaire aux mammifères. Le rapport international 2026 sur la sécurité de l’IA confirme que certains modèles peuvent déjà fournir des informations sur des agents pathogènes et des protocoles de laboratoire de niveau expert.

Ici, nul besoin d’imaginer une machine devenue consciente et hostile. Le danger vient d’humains qui savent ce qu’ils veulent et disposent soudain d’un outil capable d’industrialiser à moindre coût la surveillance, la propagande, le piratage ou la préparation d’une attaque grâce à des armes pilotées avec le concours de l’IA, comme il en existe déjà sur le champ de bataille ukrainien. L’usage malveillant de l’IA n’est donc pas une prophétie. Il a déjà commencé.

Risques, bénéfices et garde-fous

L’IA n’est qu’un outil, mais l’un des plus puissants que l’humanité ait inventés. On parle souvent de ses risques, réels ou fantasmés, tout en réduisant parfois ses bénéfices à des usages anecdotiques. On oublie pourtant ce qu’elle rend déjà possible. Elle a contribué à concevoir un candidat-médicament contre la fibrose pulmonaire. Dans un essai randomisé suédois portant sur plus de 105 000 femmes, elle a amélioré la sensibilité du dépistage du cancer du sein. Elle pourrait également libérer jusqu’à 175 GW de capacité sur les lignes électriques existantes, aide déjà à prévoir certaines crues jusqu’à cinq jours à l’avance, a identifié 381 000 nouvelles structures cristallines prédites comme stables et produit de nouveaux résultats sur un problème mathématique étudié depuis des décennies. Sans compter son rôle dans la lutte contre les incendies et les prévisions climatiques. En rivalisant déjà avec certaines facultés que nous pensions propres à l’homme, elle soulève pourtant de vraies questions éthiques.

L’IA ne porte en elle ni notre salut ni notre perte. Comme une réaction nucléaire en chaîne, elle peut servir ou détruire. Maîtrisée dans un réacteur, celle-ci produit de l’électricité ; conçue pour s’emballer dans une arme, elle dévaste. Entre des mains hostiles, l’IA pourrait devenir une menace existentielle. Mais ralentir unilatéralement reviendrait à abandonner l’avantage à ceux qui ne s’imposeraient pas les mêmes limites, tandis qu’accélérer sans règles serait tout aussi dangereux. L’IA ajoute en effet une inconnue. Suffisamment autonome, elle pourrait choisir elle-même les moyens d’atteindre l’objectif fixé et exploiter toute faille que nous lui laisserions. La véritable course consiste donc à faire progresser ses garde-fous aussi vite que ses super-pouvoirs.