Les violences qui ont émaillé les manifestations des derniers jours sont justifiées aux yeux de nombre de contestataires par l’idée que les acquis sociaux ne peuvent s’obtenir autrement. Une thèse largement contredite par l’Histoire.
Samedi 17 octobre 2026, vers midi. Une petite centaine de personnes sont rassemblées sur le rond-point qui marque l’entrée de Crest, petite ville de la Drôme. S’y mêlent des gilets jaunes, des collégiens, certains très jeunes, des lycéens, de jeunes agriculteurs en catogan et sarouel (on est en pleine Biovallée), des familles avec enfants. Les prises de parole se succèdent.
Un homme mince à petites lunettes rondes monte à la tribune. Il se présente : il s’appelle Julien (prénom changé) et il est étudiant à Grenoble. Il semble ému, c’est sa première prise de parole publique. Le message qu’il est venu porter, c’est l’importance de « la lutte ». Selon lui, dans l’histoire de France, aucun acquis social — il emploie, lui, l’expression « conquis sociaux » — n’a pu être obtenu sans conflit, voire sans violence. Il cite 1789, les congés payés, la Sécurité sociale, puis les combats contre les réformes des retraites et… la loi Duplomb. La même scène, à quelques variantes près, se reproduit sans doute, à peu près au même moment, sur des centaines d’autres ronds-points ou d’estrades en France.
Faites l’expérience vous-même. Sur les réseaux sociaux, critiquez une manifestation ou une grève, ou indignez-vous de débordements violents. Vous aurez probablement droit, dans les minutes qui suivent, à l’une de ces deux réponses : « Je suppose que tu ne prends jamais de congés payés ? » Ou encore : « Eh bien, tu n’as qu’à rendre ta carte Vitale ! »
Cette vision romantique de droits conquis de haute lutte, jusqu’à la violence, est si ancrée dans notre imaginaire collectif qu’on finit par la tenir pour une évidence. Pourtant, la négociation, les choix démocratiques et le progrès économique ont aussi fait avancer nos droits.
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