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Temps de lecture : 12 minutes

6 septembre 2026

Entrer dans l’ère des voitures autonomes, cartographier le vivant, reconstruire le monde avec de l’IA et cartonner avec des micro-robots… C’est parti pour Électroscope #37 !

Les voitures autonomes vont-elles enfin rouler sur nos routes ?

Entre offensive américaine et hésitations françaises, la voiture autonome va-t-elle forcer les portes du Vieux Continent ? Alors que Tesla et Waymo accélèrent leur déploiement outre-Atlantique, l’Europe s’apprête à trancher sur l’avenir de cette technologie.

Le marché des véhicules sans conducteur connaît un coup d’accélérateur sans précédent. Aux États-Unis, la course à l’autonomie bat son plein. Et l’Europe pourrait bientôt suivre. Waymo, la filiale d’Alphabet (Google), propose désormais ses services de robotaxis au grand public dans quatorze agglomérations américaines, et prépare déjà son arrivée chez nous. Des tests ont été annoncés à Munich fin août 2026, et une filiale française a été créée cet été…

Dans ce sillage, Tesla continue de faire les gros titres. L’entreprise d’Elon Musk vient de lancer au Texas (à Austin) son « Cybercab » ce 3 septembre 2026, concrétisant son ambition de créer un réseau de véhicules entièrement autonomes, dépourvus de volant et de pédales. Et un détail technologique et stratégique d’importance a aussi été annoncé : le moteur à aimant permanent de ce robotaxi est conçu sans « terres rares », afin de réduire la dépendance de la marque envers certains fournisseurs internationaux (la Chine pour l’essentiel).

L’État français est disons… modérément enthousiaste

Sur le sujet, la France avance à pas très mesurés, mais le cadre existe. Depuis l’évolution de la réglementation en 2022, le code de la route autorise la circulation des véhicules dotés d’une conduite « déléguée de niveau 3 ». Cela signifie qu’un conducteur peut légalement lâcher le volant, mais uniquement dans des conditions strictes : sur des routes à chaussées séparées, sans piétons, et avec une vitesse plafonnée à 60 km/h maximum.

Pour l’autonomie « totale » (soit les niveaux 4 et 5), où le véhicule gère l’intégralité du trajet sans aucune intervention humaine requise, la loi d’orientation des mobilités (LOM) a posé les premières pierres dès 2019, en donnant un cadre légal permettant aux villes françaises de faire des tests avec des passagers. Paris, Lyon, Toulouse ont ainsi mis en place des navettes autonomes dans certains quartiers. La Défense ayant servi de terrain d’essai !

Mais qu’en est-il de l’autorisation d’un véritable véhicule particulier autonome sur toutes nos routes ? Par la voix de son ministre des Transports Philippe Tabarot, le gouvernement a tout d’abord opposé un refus officiel le 22 juillet 2026 concernant l’autorisation du système de conduite de Tesla (le FSD), citant des « raisons de sécurité ». Avant que celui-ci ne change soudainement d’avis après une visioconférence avec Elon Musk : deux véhicules en mode « FSD supervisé » vont donc pouvoir entamer des tests en conditions réelles en milieu urbain.

Les résultats de cette phase d’expérimentation serviront à déterminer si la France votera en faveur ou non de son déploiement à l’échelle européenne lors du comité technique prévu le 6 octobre 2026. En attendant, les Pays-Bas, la Belgique ou le Danemark ont déjà accordé de leur côté des dérogations locales pour tester le système FSD.

En revanche, l’autorisation d’un taxi 100 % autonome dépourvu de commandes mécaniques, comme à Austin, ne semble même pas envisagée à court terme. La réglementation exige qu’un humain puisse reprendre le contrôle à tout moment, ou du moins que le véhicule dispose de commandes physiques de secours en cas d’urgence. Toutefois, le gouvernement français a fait un premier petit pas réglementaire le 7 août dernier, en ouvrant la voie à l’homologation de petits robots routiers de livraison entièrement autonomes.


La carte complète du cerveau d’un drosophile mâle dévoilée grâce à l’IA

Fruit de plusieurs années de recherche entre Google Research, l’université de Cambridge et l’institut de recherche Howard Hughes, la première cartographie complète du cerveau d’une mouche à fruits mâle vient d’être achevée. Une prouesse qui promet de bouleverser notre compréhension des réseaux neuronaux et du comportement.

Longtemps considérée comme une tâche titanesque, la cartographie intégrale du cerveau de la drosophile (la célèbre mouche à fruits) est désormais une réalité. Ce petit insecte est un modèle incontournable pour les biologistes du monde entier ! Le 3 septembre 2026, les chercheurs ont annoncé avoir réussi à reconstituer l’ensemble des connexions du système nerveux central du mâle, recensant le chiffre record de plus de 166 000 neurones, avec 125 millions de connexions synaptiques, et classifiant près de 12 000 types cellulaires distincts. Pour rappel, la version femelle avait déjà été entièrement modélisée en 2024 par une autre équipe.

Cette réalisation majeure dans le domaine de la « connectomique » n’aurait pas été possible sans le recours massif à l’intelligence artificielle. Le processus a consisté à découper le cerveau et le cordon nerveux de l’insecte (équivalent à la moelle épinière) en tranches microscopiques, puis à numériser chacune d’elles. Les algorithmes d’IA de Google sont ensuite intervenus pour assembler et reconstruire en trois dimensions ces millions de coupes en 2D. En automatisant cette tâche d’une complexité inouïe, la technologie a permis d’illustrer avec précision la façon dont l’information circule depuis les organes sensoriels, comme les immenses yeux de la mouche, jusqu’aux neurones moteurs qui régissent ses mouvements.

Au-delà de l’anatomie : décrypter les mystères du comportement

En ayant un accès au « câblage » cérébral, les neuroscientifiques disposent désormais d’une ressource inestimable pour comprendre comment le cerveau transforme un stimulus sensoriel en action concrète. Trois études complémentaires viennent d’ailleurs d’être publiées, utilisant cette carte pour analyser la vision, la perception du goût et les comportements sociaux.

Plus fascinant encore, cette cartographie masculine permet d’étudier le dimorphisme avec une précision sans précédent. En comparant ce nouveau modèle avec celui existant de la femelle, les chercheurs ont identifié des différences subtiles. Si la majorité des neurones sont identiques chez les deux sexes, certains réseaux s’avèrent connectés différemment. C’est le cas des voies neuronales liées à la parade nuptiale, intégrant des structures exclusives au mâle, par exemple.

La prochaine étape ? La cartographie future des cerveaux de vertébrés, nous rapprochant inexorablement de la compréhension de notre propre esprit. D’ici 2028, l’humanité devrait ainsi avoir accès à une cartographie complète du cerveau entier de la souris !


Reconstruire le monde par IA avec quelques photos ?

Photographier une pièce entière pour la reconstituer en 3D demandait jusqu’ici 100 à 300 clichés. Trois images suffisent désormais ! La startup World Labs a présenté le 1ᵉʳ septembre Atlas, son nouveau modèle du monde. Il s’agit d’une IA entraînée non pas à prédire le mot suivant mais l’image suivante d’une scène vue sous un autre angle.

La nouveauté tient en deux mots : le « contexte spatial ». Chaque image fournie au modèle est ancrée à une position précise dans l’espace. Atlas sait donc d’où la caméra regarde et peut générer jusqu’à une minute de vidéo en 1440p le long d’une trajectoire dessinée à la main. Il accepte une seule photo comme une centaine, selon World Labs, une entreprise fondée il y a seulement 2 ans et demi par Fei-Fei Li, la chercheuse de Stanford à l’origine d’ImageNet, la base d’images qui a déclenché la révolution de l’apprentissage profond en 2012 !

La démonstration est bluffante. Sur le campus de Stanford, deux photos prises au niveau du sol suffisent à produire une vue aérienne cohérente. Avec 25 images, les mosaïques de la façade de Memorial Church apparaissent fidèlement. Une maison entière capturée jadis avec 2 000 photos peut désormais se reconstruire avec juste 30 ou 40 images.

Face aux modèles vidéo concurrents, des évaluateurs humains préfèrent Atlas dans 94 % des cas contre Seedance 2.5 (un modèle vidéo majeur publié par ByteDance à l’été 2026). Sur la reconstruction 3D pure, il affiche une erreur moyenne plus faible que les modèles spécialisés. L’équipe revendique aussi le fameux effet « bullet time » de Matrix, cette chute de Neo filmée au ralenti par une caméra tournoyante. Les studios avaient aligné des centaines d’appareils autour de la scène. Trois iPhone sur trépied sont maintenant suffisants…

Des applications en robotique et dans le gaming

Le monde d’Atlas est néanmoins presque immobile (les mouvements d’objets ou de personnages restent limités). Le modèle produit quelques vaguelettes et de petites voitures qui roulent, guère plus. Un choix délibéré de la startup dont la correction figure au programme des prochaines versions. Le modèle demeure par ailleurs en accès anticipé réservé à quelques partenaires, sans tarif ni date d’ouverture publiquement annoncés.

L’application la plus concrète concerne la robotique. Le principal goulot d’étranglement du secteur reste la donnée, entraîner un bras robotisé exige en effet de recréer son environnement puis de le décliner en centaines de variantes. 24 images extraites d’une vidéo de smartphone suffisent désormais à bâtir ce terrain d’entraînement virtuel. Dans le secteur du jeu vidéo, où la création de décors 3D représente une part colossale des budgets, Atlas permettrait à un studio de passer d’un simple croquis ou d’une photo à un monde explorable en quelques secondes.

Fei-Fei Li replace cette trouvaille dans une perspective évolutionniste. La nature a donné des yeux aux animaux et pas aux arbres, car seul un organisme qui se déplace a besoin d’anticiper ce qu’il verra depuis sa position suivante. D’où sa conviction : pour qu’une IA comprenne le monde physique, « la prédiction du prochain point de vue est l’équivalent de la prédiction du prochain mot ou token » des modèles de langage textuels.


Microduck : ce petit robot qui pourrait bien casser trois pattes à un canard

Ce bipède de 25 centimètres, ne pesant pas plus de 800 grammes, capable de se déplacer, de se baisser pour ramasser un objet avec son bec, d’encaisser une chute et de se relever seul, a séduit 10 520 personnes en quatre jours à peine. Vingt-quatre heures après son lancement, plus de 4 000 exemplaires avaient déjà trouvé preneur.

Le 27 août dernier, l’équipe bordelaise de Pollen Robotics mettait en vente son Microduck, à 399 dollars. En moins de sept heures, la barre du million de dollars était tombée. En 24 heures, les ventes dépassaient les 2,5 millions de dollars. Quatre jours plus tard, les 4,5 millions de dollars étaient atteints. Voilà un rythme qui ferait potentiellement de Microduck l’un des lancements de robots grand public les plus rapides de l’histoire récente.

Ce succès n’est pas seulement dû à son prix et sa bouille mignonne, c’est surtout l’idée d’une robotique accessible à tous qui séduit. Un canard équipé d’une caméra, d’un LiDAR et d’un cerveau qu’on entraîne soi-même. Grâce à un simulateur, les comportements sont répétés par apprentissage par renforcement, avant d’être transférés au robot, avec un logiciel intégralement ouvert. Ainsi l’acheteur ne reçoit pas un jouet figé mais une plateforme qu’il façonne, en lui apprenant à faire du roller, shooter dans un ballon ou tenter de nouvelles figures. Un forum d’entraide a été ouvert sur Discord pour que les propriétaires de robot y partagent leurs prouesses ou leurs tracas.

Cet engouement, personne ne l’avait vu venir, pas même Pollen. Les premières livraisons visaient Noël 2026, mais la chaîne de production, pensée pour un lancement de niche, n’a pas tenu le choc. Les nouvelles réservations pourraient donc arriver après les fêtes, un contretemps presque cocasse quand on regarde où atterrit l’entreprise. Pollen Robotics appartient en effet à Hugging Face depuis 2025, et Nvidia vient d’annoncer, le 3 septembre, un accord pour racheter la plateforme pour 12,93 milliards de dollars. Le petit canard bordelais se retrouve ainsi dans le portefeuille du plus gros fabricant de puces au monde.

Nous suivions déjà Pollen Robotics en décembre dernier, quand Reachy Mini, son premier robot, avait dépassé le million de dollars de précommandes en quelques jours, avant de décrocher une place dans les Best Inventions of 2025 de Time. Ce robot de bureau misait sur l’expressivité. Microduck prend le chemin inverse : il ne s’agit plus d’apprendre à une machine à nous parler, mais de lui apprendre à marcher. Et une foule de gens n’attendait que ça pour devenir dompteur de robot.


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