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Temps de lecture : 11 minutes

4 octobre 2026

Détruire les PFAS, déchiffrer une lettre napoléonienne, humaniser l’IA, alimenter des mini-robots avec des infrarouges et retrouver de la souveraineté industrielle… c’est parti pour Électroscope #41.

Treewater s’attaque aux PFAS dans les eaux industrielles

Détruire les PFAS avant qu’ils ne se dispersent dans la nature : c’est le pari de Treewater. Spécialisée dans le traitement des eaux industrielles, l’entreprise française développe des procédés qu’elle prévoit de commercialiser à l’horizon 2027 !

Leur résistance a fait leur succès dans l’industrie. Elle explique aussi pourquoi ils posent aujourd’hui problème. Utilisés pour rendre des textiles imperméables ou des revêtements antiadhésifs, les PFAS se dégradent difficilement dans l’environnement. Une fois rejetés dans les milieux naturels, ces « polluants éternels », comme ils sont surnommés par la presse, peuvent contaminer durablement les eaux et les sols.

Pour limiter leur dispersion, Treewater, spécialiste du recyclage des eaux industrielles, entend intervenir directement sur les eaux rejetées par les usines. L’entreprise équipe déjà des blanchisseries, des papeteries et des industriels du textile pour traiter leurs eaux usées. Avec « PREFAS », son nouveau projet consacré aux PFAS, qui est lauréat du plan France 2030, elle s’attaque à ces molécules particulièrement difficiles à détruire.

Cela tombe pile au bon moment : le calendrier réglementaire pousse les industriels à agir au plus vite. En France, un décret de septembre 2025 fixe une trajectoire nationale de réduction de leurs rejets aqueux de PFAS : moins 70 % d’ici février 2028, par rapport à 2023, avec l’objectif de tendre vers leur cessation en février 2030 !

Détruire la pollution sans simplement la déplacer

Or, retirer les PFAS de l’eau ne suffit pas toujours à régler le problème. Certains traitements les piègent dans des résidus solides ou liquides, qu’il faut ensuite prendre en charge. L’eau est certes dépolluée, mais les substances restent à éliminer…

Treewater développe donc deux approches pour les décomposer : la réduction avancée, utilisant les ultraviolets, pour les PFAS à chaîne longue ; et l’électro-oxydation, fondée sur l’électricité, pour ceux à chaîne courte, notamment le TFA, ou acide trifluoroacétique.

Les résultats obtenus à ce stade permettent d’engager le déploiement de pilotes industriels à grande échelle, selon l’entreprise. « Nous sommes en train de maturer ce dispositif, mais nous parvenons déjà à éliminer plus de 99 % des molécules de PFAS les plus courantes », explique son dirigeant, Marc-Emmanuel Bouchard, aux Échos.

Ces installations doivent préparer la commercialisation annoncée pour 2027. Il faudra notamment adapter les traitements à la composition des effluents et aux volumes produits par chaque usine. Par ailleurs, d’autres solutions innovantes sont actuellement en développement pour éliminer les molécules déjà présentes dans la nature.

Infographie résumant la solution technologique de Treewater pour éliminer les PFAS industriels.

Une IA déchiffre une lettre napoléonienne vieille de 217 ans

Vingt-quatre lignes de signes mystérieux, une clé perdue et une énigme longtemps restée sans solution. Avec l’aide d’une intelligence artificielle, un ingénieur annonce avoir déchiffré une lettre destinée au général Marmont en 1809. Une plongée dans les secrets de l’Empire, menée en quelques heures de calcul !

Faire parler un document que plus personne ne savait lire : c’est l’exploit rapporté par Carter Church, un ingénieur en intelligence artificielle. Sans expérience préalable du déchiffrement, il s’est attaqué à une reproduction publiée en 1969 dans une revue d’histoire militaire. Son allié, GPT-6 Astra, n’aurait nécessité que six heures d’exécution, auxquelles se sont ajoutées plusieurs soirées de travail personnel.

Le défi dépassait la simple reconnaissance d’écriture. Il fallait identifier quelque 1 300 unités chiffrées, distinguer les variantes manuscrites et reconstruire leur signification. Pour brouiller les pistes, une lettre pouvait être représentée par plusieurs symboles, et certains signes remplaçaient même des mots entiers ! Une table partielle établie par le spécialiste de l’histoire des codes Daniel Tant a toutefois fourni les premiers repères.

Sous les symboles, l’Europe au bord de la guerre

La lecture proposée place la dépêche en mars 1809. L’Autriche se prépare à affronter Napoléon. Marmont, isolé en Dalmatie, doit connaître les positions des armées françaises et alliées. Le courrier les énumère pour lui donner confiance et l’encourager à agir.

Quelques semaines plus tard, le général entame sa remontée vers le nord. Il atteint Trieste, avant de combattre autour de Graz. Fin juin, il reçoit l’ordre de gagner Vienne à marches forcées. Ses troupes rejoignent la bataille de Wagram, remportée par Napoléon les 5 et 6 juillet. Au terme de cette campagne, Marmont devient maréchal d’Empire.

Quelques signes restent incertains, mais Carter Church met à disposition sa méthode et sa clé de déchiffrement pour permettre à d’autres d’en vérifier la lecture. L’exploit pourrait avoir une suite concrète : si une autre lettre utilisant le même code refait surface, les chercheurs disposent désormais d’un point de départ pour la lire. Après avoir protégé les secrets de l’Empire, ces symboles pourraient enfin livrer d’autres fragments de son histoire.

Cette percée laisse aussi entrevoir de nouvelles possibilités pour l’exploration des archives. Déchiffrer une écriture récalcitrante, retrouver un nom parmi des milliers de feuillets, relier des lettres conservées dans des fonds éloignés : l’IA pourrait accélérer des recherches qui exigent aujourd’hui un patient travail de dépouillement. Et ramener dans le champ des historiens des documents restés dans l’ombre, faute de temps pour les étudier…

Page imprimée numéro 358 de la correspondance militaire de Napoléon Ier datée de 1809.

Griffin, un bond vers des conversations naturelles avec l’IA

Un assistant qui remarque votre hésitation, vous laisse terminer votre phrase et réagit avec un sourire : voilà la promesse de Griffin. Tavus veut, avec ce nouveau modèle, rendre les échanges vidéo avec une IA plus fluides et intuitifs que jamais.

Après les assistants IA qui écrivent ou qui parlent, voici ceux qui cherchent à maîtriser les codes du « face-à-face ». Présenté le 1er octobre par la start-up Tavus, Griffin combine perception audiovisuelle, et génération de voix et de vidéo. Selon l’entreprise, il continue d’écouter pendant qu’il parle et adapte ses réactions aux mots, expressions et silences de son interlocuteur. À partir d’une image de référence, il anime un personnage en temps réel, dont la voix, le regard et les gestes s’accordent au fil de la conversation.

Le défi dépasse la synchronisation des lèvres. Dans une conversation, nous hochons la tête sans parler, cherchons nos mots ou signalons d’un regard que nous souhaitons poursuivre. Ces petits gestes contribuent à la qualité de l’échange. Or, les systèmes qui enchaînent reconnaissance vocale, rédaction d’une réponse et animation d’un avatar peinent à les reproduire. Les travaux de NVIDIA et de David AI sur l’évaluation VideoFDB soulignent notamment leurs difficultés à manifester leur écoute pendant que l’utilisateur s’exprime. Griffin franchit ce cap en coordonnant perception et réactions en temps réel.

Du soutien scolaire à l’assistance technique

Avec son nouveau modèle, Tavus imagine un tuteur capable de repérer l’incompréhension d’un élève, un partenaire pour préparer une conversation difficile ou un assistant technique auquel montrer une pièce défectueuse dans le cadre du service après-vente. L’objectif : permettre à chacun d’expliquer son besoin aussi simplement qu’à une personne.

Les premiers résultats publiés sont bluffants. Dans une étude menée par Tavus, 26 participants sur 54, soit 48 %, pensaient avoir parlé à un humain après une minute passée avec « Griffin-Lite », contre 2,4 % pour le précédent système de l’entreprise. Cette version expérimentale arrive largement en tête du classement VideoFDB, qui analyse l’interprétation des signaux de l’interlocuteur et la production de réponses audiovisuelles adaptées.

Si une conversation agréable avec cette IA ne garantit pas une réponse juste, elle pourrait rendre les outils numériques plus faciles à utiliser, en permettant aux utilisateurs de parler, de montrer et d’hésiter sans devoir adapter constamment leur façon de communiquer à la machine. Pour le moment, l’outil reste réservé à certains testeurs.


Ces robots carburent à la lumière pour sauter en boucle

Ils n’ont ni pattes ni roues, mais enchaînent les bonds sous une lampe infrarouge. Grâce à leur forme ingénieuse, ces robots souples retrouvent seuls leur forme de départ après chaque saut. Une piste pour explorer des terrains accidentés.

Comment faire avancer un robot sur un sol encombré d’obstacles ? Le saut est l’une des solutions, car il permet de franchir les passages les plus difficiles. Nombreux sont les robots rigides qui maîtrisent déjà cette acrobatie. Mais cela reste un défi pour les robots souples, constitués de matériaux déformables : il leur faut accumuler de l’énergie, la libérer brusquement, puis retrouver une configuration permettant de repartir.

Une équipe de l’université d’État de Caroline du Nord propose une solution dans une étude publiée le 27 août dans PNAS. Son dispositif ressemble à un ruban refermé en forme de goutte d’eau, muni d’une pièce rigide en V à son extrémité.

Le ruban est fabriqué dans un élastomère à cristaux liquides, un matériau qui a la capacité de se déformer sous l’effet de la chaleur produite par l’éclairage infrarouge. Il se tord peu à peu en emmagasinant de l’énergie, tel un ressort. À un certain seuil, la pièce en V bascule brusquement contre le sol : le robot décolle ! Pendant le vol, le ruban se détord et reprend sa forme initiale, prêt pour un nouveau bond. Ce « réarmement automatique » permet d’enchaîner les sauts sans intervention entre deux impulsions.

Une forme, trois façons de se déplacer

La géométrie détermine la démarche. Avec un V ouvert à 120 degrés, le robot rampe. À 90 degrés, il bondit vers l’avant. À 50 degrés, il saute verticalement. Un petit lest placé sur l’extrémité arrondie améliore aussi la portée et la stabilité du déplacement.

La lumière doit toutefois être dosée : trop faible, elle ne déclenche aucun saut ; trop intense, elle rend les mouvements du robot imprévisibles. Pour poursuivre ses cabrioles, le dispositif reste donc tributaire de cet apport d’énergie extérieur.

Lors des essais, les prototypes ont franchi des obstacles et progressé sur des pentes, de l’herbe ou des pierres. Ces capacités pourraient ainsi servir à concevoir de futurs robots explorant des environnements difficiles. Les chercheurs soulignent cependant qu’aucune application immédiate n’est prévue. Une illustration de la recherche fondamentale, qui explore de nouvelles possibilités pour élargir les frontières du savoir humain.


Aimants : à Grenoble, une avancée française pour desserrer l’étau chinois

Ils se cachent dans les moteurs électriques, les robots ou certaines éoliennes. Discrets mais stratégiques, les aimants de haute performance font l’objet d’une bataille industrielle mondiale. À Grenoble, Orano et le CEA viennent de franchir une étape pour en maîtriser la fabrication.

Un an après l’inauguration de leur ligne pilote, les deux partenaires ont annoncé, le 24 septembre, avoir validé un procédé de fabrication français d’aimants permanents en néodyme-fer-bore. Cet alliage, qui contient donc une « terre rare », permet de produire des aimants parmi les plus performants du marché et d’obtenir un champ magnétique puissant dans un volume réduit : un atout pour alléger les moteurs de voitures électriques.

La plateforme grenobloise a notamment obtenu des aimants de grade « N45UH », une catégorie destinée à des applications très exigeantes. Derrière cette appellation technique, l’enjeu est concret : fabriquer de façon fiable des composants qui nous sont indispensables, sur le sol français. Orano et le CEA entendent désormais proposer leur technologie et leur savoir-faire pour accompagner de futures capacités industrielles.

Une dépendance européenne à réduire

Cette annonce intervient dans un secteur dominé par Pékin. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine représentait 94 % de la production mondiale d’aimants permanents frittés à base de terres rares en 2024, contre environ la moitié en 2005. Ces aimants sont généralement obtenus en compactant puis en chauffant des poudres métalliques.

Cette concentration expose les industriels à des difficultés d’approvisionnement. Les contrôles chinois à l’exportation instaurés en 2025 ont illustré les risques pesant sur des chaînes de production allant de l’automobile aux équipements énergétiques. Disposer de minerais ne suffit pas : il faut aussi maîtriser leur transformation jusqu’au composant final.

L’Union européenne cherche précisément à renforcer ces différentes étapes. Son règlement sur les matières premières critiques fixe notamment, pour 2030, des objectifs de capacités européennes de transformation et de recyclage permettant de couvrir respectivement au moins 40 % et 25 % de la consommation annuelle de matières premières stratégiques de l’Union. Celles-ci comprennent les terres rares utilisées dans les aimants permanents.

À Grenoble, la prochaine étape consiste à améliorer le procédé et à intégrer des matières issues du recyclage. L’ambition est de boucler la boucle : récupérer les métaux contenus dans les aimants usagés pour en fabriquer de nouveaux. De quoi faire des équipements en fin de vie une ressource pour l’industrie et réduire ses besoins en matières premières.