Cartographier notre génome, télécommander des blattes, envoyer de la 5G depuis l’espace, recycler les plastiques à l’infini et sauver l’Europe spatiale du naufrage… c’est parti pour électroscope #38.
Google DeepMind cartographie 9 milliards de mutations avec AlphaGenome Atlas
C’est un gigantesque bond en avant pour la recherche mondiale, et une mine d’or potentielle pour les pépites françaises de la biotechnologie ! Google DeepMind a publié AlphaGenome Atlas, un catalogue évaluant les effets de neuf milliards de variations de l’ADN humain. Imaginez un atlas géant prédisant l’impact biologique de chaque altération possible de notre code génétique…
Avec AlphaGenome Atlas, l’intelligence artificielle repousse les frontières de la génomique. Ce modèle titanesque, qui génère un pétaoctet de données, a évalué l’impact moléculaire de la moindre substitution d’une lettre (nucléotide) dans notre génome. L’outil attribue à chaque variant un « score d’impact » (score AVI), permettant aux scientifiques de distinguer les mutations a priori bénignes de celles qui altèrent la machinerie cellulaire et provoquent des pathologies, ce qui permet de prioriser les pistes de recherche : les mutations à tester en priorité dans le cadre d’une validation biologique in vitro ou in vivo.
Et, contrairement à leur précédent outil AlphaMissense (axé sur les protéines et les régions codantes), AlphaGenome s’attaque aux régions « non codantes » de l’ADN, qui représentent 98 % du génome. Jusqu’à présent, les explorer s’apparentait à chercher une aiguille dans une botte de foin. Ce modèle permet enfin de filtrer ce « bruit de fond » statistique. Cerise sur le gâteau : la base de données est mise gratuitement à disposition des scientifiques du monde entier, pour tout usage non commercial (recherche académique, biologie publique).
Récemment, des chercheurs de l’Institut Broad s’en sont d’ailleurs servis pour identifier avec précision une mutation rare responsable d’encéphalopathies épileptiques. Bien qu’il ne soit pas encore approuvé pour un usage clinique (étant tout juste publié !), ce nouvel outil de Google va sans doute s’imposer comme un formidable accélérateur de découvertes.
Un catalyseur d’innovation pour les biotechs françaises ?
Cette immense base de données ne profitera pas qu’aux grands laboratoires académiques : elle devrait représenter un levier de croissance exceptionnel pour l’écosystème de la santé en France. Des entreprises de pointe comme SeqOne, experte de l’analyse génomique de nouvelle génération, ou One Biosciences, pionnière de l’analyse en cellule unique, seront sans doute aux premières loges pour exploiter ces prédictions.
En s’appuyant sur l’Atlas pour filtrer les millions de mutations inoffensives de l’ADN non codant, les spécialistes du diagnostic pourraient offrir aux hôpitaux des rapports d’analyses mieux documentés pour guider la médecine. De leur côté, les experts de la découverte de nouveaux médicaments pourraient l’utiliser pour décrypter comment d’infimes variations génétiques reprogramment le comportement de cellules dans des micro-environnements malades, afin d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques à la pharmacologie.
Quand les cafards deviennent les secouristes de demain !
Des insectes bioniques pour porter secours aux victimes piégées sous les décombres ! En transformant des blattes géantes en « cyborgs paramédicaux » équipés de caméras et de micro-injecteurs pilotés à distance, des chercheurs australiens espèrent déployer, d’ici quelques années, de véritables essaims de micro-secouristes.
Lorsqu’un séisme ou un effondrement se produit, chaque minute compte. Pourtant, les équipes de sauvetage se heurtent souvent à un obstacle majeur : l’impossibilité d’accéder physiquement aux victimes coincées dans des espaces étroits et instables. Pour contourner cette limite tragique, des chercheurs en biorobotique de l’Université du Queensland et des ingénieurs biomédicaux de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) ont mis au point une solution aussi ingénieuse qu’étonnante : les « Paraborgs ».
Il s’agit de blattes rhinocéros, une espèce géante endémique d’Australie, transformées en véritables « plateformes de secours mobiles ». Elles n’ont pas été choisies par hasard : ces blattes ne volent pas (ce qui facilite leur « pilotage » à distance), ont une longévité record (jusqu’à 10 ans), et disposent d’une force colossale pour leur taille. Pour les contrôler, les chercheurs utilisent une simple stimulation sensorielle via des électrodes implantées dans leurs antennes. Le « pilote humain » ne fait qu’envoyer des impulsions de direction, tandis que l’insecte conserve son autonomie pour marcher, trouver ses appuis et avancer.
Des sacs à dos high-tech pour des missions de survie
La force et la taille imposante de ces blattes géantes leur permettent de transporter un équipement précieux : un dispositif qui comprend une caméra pour le retour visuel, et un module d’auto-injection médicale ! Sous anesthésie, les chercheurs les équipent de ces composants légers et amovibles « qui ne nuisent pas à leur durée de vie naturelle ».
Concrètement, l’insecte se faufile à travers les gravats jusqu’à la victime (à une vitesse légèrement inférieure à 1 cm/s). Une fois en position, il peut administrer un traitement d’urgence (un antalgique pour calmer la douleur, ou bien des coagulants pour stopper des hémorragies) sous supervision médicale. Les tests en laboratoire sur des cibles en silicone et de la peau de porc sont très prometteurs : l’équipe a ainsi enregistré un taux de réussite de 95 % pour les injections à courte portée et de 72 % pour la réalisation de la mission complète, alliant navigation complexe et précision de l’injection.
L’ambition est de déployer ces essaims d’insectes cyborgs d’ici 5 à 10 ans, le temps de s’assurer de la fiabilité de la transmission des données à travers les décombres, et de réaliser les tests en conditions réelles. Comme l’explique Hai Nhan Le, co-auteur de l’étude : « Beaucoup de gens n’apprécieront sans doute pas la vue d’un cafard géant se précipitant vers eux, mais si vous êtes piégé sous des décombres ou coincé dans une grotte et que vous avez besoin d’aide, cela fera une réelle différence entre la vie et la mort. »
Finies les zones blanches ? Une start-up française réalise une première mondiale avec la 5G par satellite
C’est une étape historique dans le domaine des télécommunications. En réussissant à connecter un terminal terrestre en 5G depuis l’espace, la jeune pousse française Univity ouvre la voie à un réseau mondial, qui pourrait bientôt sonner le glas des zones sans couverture réseau !
Avez-vous déjà pesté contre votre téléphone en découvrant que vous ne captiez aucun signal au beau milieu de la campagne ? Ce problème frustrant, lié aux fameuses « zones blanches » ignorées par les antennes-relais, pourrait bientôt n’être qu’un mauvais souvenir. Lors du récent Sommet international sur l’espace à Paris, l’entreprise française Univity (anciennement Constellation Technologies & Operations) a annoncé la toute première connexion 5G réalisée entre un satellite en orbite basse et un récepteur au sol.
Contrairement aux systèmes spatiaux classiques qui se contentent de jouer le rôle de simple miroir pour faire rebondir un signal, le satellite démonstrateur d’Univity, baptisé uniSpark et lancé en juin 2025, est intelligent. Il est en effet capable de traiter et de gérer les données directement dans l’espace grâce à une technologie « régénérative » embarquée.
Mais la véritable rupture réside aussi et surtout dans le réseau utilisé ! Pour la première fois, ce ne sont pas des fréquences spatiales spécifiques (de plus en plus encombrées) qui ont été exploitées. Les tests réussis en septembre 2026 ont été réalisés dans les bandes dites millimétriques (mmWave), précisément autour de 26 GHz. Une fréquence qui fait partie des normes 5G, utilisée jusqu’ici pour du très haut débit fixe ou localisé, et connue pour voyager mal sur de longues distances. Réussir à l’exploiter depuis une orbite très basse (VLEO) à bord d’un objet qui se déplace à vitesse orbitale est donc un véritable tour de force !
Cette avancée majeure signifie qu’à l’avenir, les opérateurs télécoms pourront utiliser l’espace comme une gigantesque extension naturelle de leurs propres réseaux. Pour nous, utilisateurs, le changement sera totalement fluide. Univity agira en coulisses pour fournir cette infrastructure céleste à nos opérateurs habituels, gardant nos usages inchangés.
Un enjeu de souveraineté face aux géants américains
La connexion directe du satellite à un smartphone grand public sans antenne-relais intermédiaire sera testée début 2028 avec la mission uniShape. Si tout se passe bien, l’expérience sera suivie en 2029 par les premiers lancements de la future constellation globale uniSky de la jeune pousse, qui devrait compter jusqu’à 3 400 satellites !
Au-delà de la spectaculaire prouesse technique, c’est aussi une bataille stratégique qui se joue dans les étoiles, car Univity se positionne comme un concurrent européen face aux mastodontes américains de l’internet spatial, tels que le réseau Starlink d’Elon Musk ou le futur projet d’Amazon. L’Europe semble d’ailleurs décidée à soutenir ses propres champions : Bruxelles vient de réserver une large part de fréquences clés aux acteurs continentaux, en profitant du fait que les licences américaines historiques arrivent à expiration en mai 2027.

Recyclage des plastiques : la percée scientifique du CNRS grâce au manganèse
Recycler les plastiques à l’infini ? Une équipe de scientifiques français a mis au point un procédé inédit utilisant un métal abondant, le manganèse, pour déconstruire les plastiques en monomères. Bouteilles colorées, barquettes alimentaires et même vieux vêtements : tous ces déchets pourraient redevenir du plastique neuf sans jamais perdre en qualité.
Le recyclage tel que nous le connaissons aujourd’hui a ses limites. La méthode mécanique classique consiste à broyer et fondre le plastique, ce qui dégrade ses propriétés à chaque cycle. Au bout de quelques vies, la bouteille d’eau finit inexorablement à la poubelle, dans un incinérateur ou dans la nature. Face à l’accumulation de déchets (notamment le PET), trouver une méthode de recyclage « à l’infini » est devenu le Saint Graal de la chimie.
C’est précisément l’objet des travaux d’une équipe de chercheurs du CNRS et de l’Université de Strasbourg, en collaboration avec des scientifiques toulousains. Leur étude, publiée dans la prestigieuse revue Journal of Catalysis, détaille une avancée majeure dans le domaine du « recyclage chimique ». Contrairement au broyage, cette approche agit directement à l’échelle moléculaire. Imaginez un collier de perles que l’on parviendrait à détacher méticuleusement, perle par perle, pour en fabriquer un flambant neuf !
Le manganèse, une alternative « écologique » et bon marché
Jusqu’à présent, les méthodes chimiques nécessitaient des métaux rares, chers ou polluants. La prouesse des scientifiques français repose sur la création d’un catalyseur inédit à base de manganèse. Ce métal présente un avantage colossal : il est abondant sur Terre, très bon marché, et l’équipe a réussi à l’utiliser sans y associer de composés phosphorés, rendant la recette encore plus respectueuse de l’environnement.
Sous l’action de ce catalyseur couplé à de l’hydrogène sous pression, les longues chaînes de molécules qui forment le plastique se brisent. Les colorants, les additifs ou les impuretés ne freinent pas la réaction. En quelques heures, tout est converti en « monomères », des briques de base pures sous forme de liquides ou de cristaux. Mieux encore : le procédé est efficace sur les déchets de notre quotidien sans aucun traitement préalable. Les chercheurs ont plongé dans leur réacteur des morceaux de bouteilles transparentes ou vertes, des barquettes de viande noires, des fibres textiles, et même de vieux CD !
Ces monomères sont alors prêts à être réassemblés pour recréer un plastique vierge d’une qualité rigoureusement « identique à celle d’un plastique issu du pétrole ». En réussissant à déconstruire une si grande variété de plastiques avec une quantité infime de ce catalyseur au manganèse, l’équipe ouvre une voie royale vers une véritable économie circulaire, où le plastique ne serait enfin plus un déchet… à condition de réussir le passage du flacon de laboratoire à l’usine de recyclage à grande échelle, bien entendu !

Hélène Huby : la Française qui veut sauver l’Europe spatiale du naufrage
Elle pourrait bien redonner à l’Europe son indépendance. Hélène Huby, fondatrice de The Exploration Company, bouscule le secteur avec une levée de fonds record et des projets titanesques, alors que le Vieux Continent peine à suivre le rythme effréné imposé par SpaceX et la Chine dans la course aux étoiles.
L’espace européen traverse une zone de turbulences. Si le récent vol de la fusée Ariane 6 a apporté un enthousiasme certain, le constat global reste malgré tout amer : avec un lanceur non réutilisable aux cadences limitées et un projet de mégaconstellation IRIS² qui accumule retards et surcoûts, l’Europe semble assister, impuissante, à la domination de la Chine et des géants commerciaux américains. C’est dans ce climat plutôt morose qu’Hélène Huby pourrait s’imposer comme l’électrochoc dont le secteur a besoin.
Cette semaine, lors du sommet spatial international convoqué par le président de la République, Emmanuel Macron, l’entrepreneure est apparue en première ligne, choisie comme émissaire aux côtés de l’astronaute Thomas Pesquet. Mais c’est sur le terrain financier que son entreprise franco-allemande, The Exploration Company, a frappé un grand coup avec l’annonce d’une levée de fonds de 450 millions de dollars. Un record historique pour une société spatiale européenne, et un signal fort envoyé au marché mondial par cette dirigeante qui refuse de voir notre continent relégué au second plan.
Ancienne cadre chez Airbus et ArianeGroup, Hélène Huby a fondé sa société il y a cinq ans avec une ambition dévorante. Son premier chantier ? Nyx, une capsule cargo destinée à ravitailler régulièrement la Station spatiale internationale (ISS) dès la fin de l’année 2028. Mais l’entrepreneure voit beaucoup plus loin avec le développement d’une version pour le vol habité. Une vision qui tombe à pic, l’Agence spatiale européenne cherchant justement à s’affranchir de sa dépendance pour l’envoi de ses propres astronautes en orbite !
Et bientôt un lanceur lourd pour rivaliser avec les meilleurs ?
Pour Hélène Huby, l’équation est simple : sans une capacité de lancement massive et fréquente, l’Europe disparaîtra des radars. Faisant fi du conservatisme de l’industrie, The Exploration Company développe donc également « Storm », un moteur-fusée surpuissant fonctionnant au méthane. Son objectif ? Propulser à terme un lanceur lourd partiellement réutilisable, capable d’emporter 40 tonnes en orbite basse, deux fois plus qu’Ariane 6.
Consciente que les capitaux fraîchement levés ne suffiront pas pour ce projet, la dirigeante mise sur une exécution parfaite de ses premiers jalons technologiques pour convaincre de futurs investisseurs. Elle exhorte désormais les décideurs politiques à la soutenir, réclamant la fin du principe du « retour géographique » qui freine les projets, et veut que la commande publique européenne soit attribuée aux entreprises les plus compétitives et les plus rapides. Car face aux investissements massifs de SpaceX et consorts, se contenter de « protéger l’existant » n’est définitivement plus une option pour le continent européen…














































