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Temps de lecture : 8 minutes

30 août 2026

Pendant vingt ans, Kokopelli a cultivé l’image du petit semencier qui résiste aux multinationales, suscitant la sympathie des médias et de certains politiques. Salariés désabusés, fondateur complotiste et ouvertement antisémite... L’envers du décor est nettement moins bucolique.

Dans les années 2000, une petite association portant le doux nom de Kokopelli (petit joueur de flûte bossu de la mythologie amérindienne, symbole de fertilité) suscite l’engouement des sympathisants écolos, des milieux alternatifs et des amateurs de bio. Fondée à Alès en 1999 par Dominique Guillet et sa femme, avant de migrer en Ariège, elle commercialise, grâce à un vaste réseau de paysans-producteurs, des semences de variétés potagères anciennes à destination des jardiniers.

Elle s’est fait connaître grâce à deux procès : l’un, engagé en 2005 par le semencier Graines Baumaux pour concurrence déloyale (procédure qui se soldera par une sorte de match nul), et l’autre intenté à la même période par le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (GNIS) et la Fédération nationale des professionnels des semences potagères (FNPSP), pour commercialisation de semences de variétés non homologuées. En effet, ces semences doivent figurer au registre des « variétés anciennes pour jardiniers amateurs ». Or, Guillet, qui conteste cette réglementation, s’y est refusé, prônant « des semences libres de droits, biologiques et reproductibles » au nom de la « diversité génétique » (et de la libre entreprise). Le patron de Kokopelli a été condamné en appel à payer une amende de 17 000 euros, mais la situation a finalement tourné à son avantage : l’État a, dans un premier temps, renoncé à recouvrer l’amende, et l’association a pu poursuivre ses ventes « illégales », auréolée d’une notoriété dopée par son image de David contre le Goliath de la « mafia semencière ». Elle a reçu le soutien public de politiques comme Corinne Lepage ou Nathalie Kosciusko-Morizet, et celui de nombreux journalistes, séduits par cette sympathique cause des semences paysannes. « Ce que nous produisons ici n’est pas un simple sachet de graines, mais une transmission vivante, un engagement pour la biodiversité, une contribution directe à l’autonomie alimentaire des peuples proches ou lointains », proclame Kokopelli. Un discours marketing particulièrement bien rodé, qui transforme l’achat de ses semences en un acte militant en faveur de la nature et de la petite paysannerie, contre les multinationales, l’agrochimie, le « cartel pharmaceutique » et les OGM.

Une façade rebelle et militante

Malgré de bons résultats, une trentaine de salariés et 100 000 clients revendiqués, la belle vitrine s’est peu à peu fissurée. Comme l’écrit, dès 2008, le site Agriculture et Environnement, son catalogue (2 500 variétés) n’apparaît pas aussi riche qu’annoncé. Selon cette enquête, une grande partie est constituée de semences courantes de tomates et de piments, souvent importées des États-Unis. Certaines ne sont ni menacées ni anciennes, l’une viendrait même de la multinationale honnie Syngenta ! Il ne s’agirait donc pas vraiment de « l’un des plus importants réservoirs génétiques », telle que la décrit Corinne Lepage. De plus, des témoignages de clients font état de problèmes de germination, notamment sur les réseaux sociaux. Critiques réfutées énergiquement par Kokopelli, qui affirme procéder à des tests de germination systématiques et s’engager « sur des taux amplement supérieurs aux taux légaux ».

Le premier accroc sérieux intervient en 2017 avec la sortie du livre « Nous n’irons plus pointer chez Gaïa — Jours de travail à Kokopelli », écrit par un collectif d’anciens salariés et publié aux Éditions du bout de la ville. Y est décrit un management qui n’a rien d’une communauté hippie ou anar et tout d’une entreprise capitaliste. Le témoignage d’une préparatrice de commandes est éloquent : « Je pensais naïvement qu’outre gagner ma vie, je trouverais là le prolongement des engagements militants qui structurent ma vie (…) et que l’activité commerciale de l’association était un mal nécessaire permettant de financer, sans dépendre de subventions, les vraies activités de Kokopelli : Semences sans frontières, parrainages, stages de reproduction de semences, etc. » Elle tombe de haut : « L’organisation du travail est celle d’une quelconque plateforme de vente en ligne », constate-t-elle, dépitée. L’objectif assumé du jeune directeur Ananda Guillet, fils du patron, est bel et bien de « générer du profit ». Le collectif dénonce du flicage, une obsession du rendement, le refus de toute organisation syndicale et l’installation d’une pointeuse pour « ne pas perdre de temps à vous surveiller ». En effet, ça ne rigole pas chez Gaïa. Certes, on peut y voir la simple désillusion de jeunes anarchistes rétifs à toute notion de productivité et de hiérarchie. Kokopelli n’attaque toutefois pas les auteurs du livre en diffamation, mais un permaculteur qui en a publié une recension, certes féroce, sur son blog. Un procès perdu par l’association et qui, cette fois, a terni son image.

Complotisme, antisémitisme et climatoscepticisme

Le plus étonnant reste la cécité dont les fans de Kokopelli ont longtemps fait preuve à l’égard des propos complotistes de Dominique Guillet, dit « Xochi ».

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