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De quoi le rejet de la chimie est-il le symptôme ? D’une saine réaction face à une addiction devenue incontrôlée au parapluie chimique ? Ou de la perte de repères d’une société devenue réfractaire à l’idée même de risque, au point d’en oublier le progrès humain ?

7 heures. Le réveil sonne.

Encore à moitié endormi, vous attrapez votre smartphone sur la table de nuit. Vous traversez le couloir jusqu’à la salle de bains. Un peu de dentifrice sur la brosse à dents, une douche chaude, un savon qui mousse agréablement, un shampoing qui lave sans irriter. Vous enfilez un jean, un tee-shirt propre, puis filez dans la cuisine. Un peu d’eau du robinet, claire et fraîche, dans le réservoir de la cafetière, et le café se met à couler. Savourant cette délicieuse odeur, vous consultez vos messages avant de partir travailler.

Rien que de très ordinaire. Sauf que, sans même y penser, en à peine une heure, vous venez de bénéficier de plusieurs siècles de découvertes chimiques. Les cristaux liquides de votre écran. Les batteries de votre téléphone. Les tensioactifs de votre savon. Les polymères de vos vêtements. Les matériaux isolants de votre chauffe-eau. Les traitements qui rendent l’eau potable. Les procédés qui préservent l’arôme de votre café. Même la peinture de vos murs ou l’encre de ce livre racontent la même histoire…

La chimie est l’infrastructure invisible de notre existence. Jamais une discipline scientifique n’a autant transformé la condition humaine. En quelques générations, elle a contribué à rendre l’eau potable accessible à des milliards d’êtres humains, à faire reculer les maladies infectieuses, à sécuriser la conservation des aliments, à augmenter massivement les rendements agricoles et à faire progresser l’espérance de vie à un rythme inédit dans l’histoire de notre espèce. La chimie est partout, au point que nous ne la voyons même plus.

Paradoxalement, jamais elle n’a été aussi décriée. Demandez autour de vous ce que le mot « chimie » évoque. Rares seront ceux qui penseront spontanément à l’eau potable, à l’anesthésie, aux vaccins, aux engrais ou aux matériaux isolants. Les réponses seront souvent les mêmes : pollution, scandales sanitaires, pesticides, perturbateurs endocriniens, explosions d’usines, cancers…

Cette méfiance n’est pas sortie de nulle part. L’histoire de la chimie comporte ses erreurs, ses drames et parfois ses mensonges. Certaines peurs sont légitimes. D’autres beaucoup moins, voire instrumentalisées. Mais toutes prospèrent sur le même terreau : celui d’une forme d’amnésie collective. Ses bénéfices quotidiens sont tellement intériorisés que nous les avons oubliés, tandis que ses risques font la une des journaux.

Nous voulons l’eau potable sans les traitements qui la sécurisent. De la nourriture abondante sans protection des cultures. Des médicaments sans effets secondaires. Un monde moderne débarrassé des molécules qui le rendent possible. Le terme « chimique » sonne désormais comme une accusation, tandis que « naturel » tient lieu de certificat de vertu.

Nous vivons mieux grâce à la chimie que n’importe quelle génération avant nous. Pourtant, elle est devenue l’un des principaux réceptacles de nos angoisses contemporaines.

C’est l’histoire que raconte ce livre. Celle de notre étrange relation aux molécules. Celle de la chimiophobie, peut-être le plus grand paradoxe du monde moderne. Alors, faut-il avoir peur de ce qui nous fait vivre ? Et d’où vient cette peur ?

Pourquoi avons-nous peur de la chimie ? Et à qui profite cette peur ?
Tout l’été, Les Électrons Libres publient quelques extraits de leur nouveau livre, disponible en précommande (-5%) : Naturellement chimique.

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