Extraire l’uranium des océans, soigner le cancer du sein sans chimio, apprendre aux robots en quelques minutes, implanter du cerveau humain chez des souris et explorer de nouvelles ressources grâce à l’IA… C’est parti pour électroscope #39.
Énergie nucléaire : Fluxnium promet 50 000 ans de carburant grâce aux océans !
Acheter son uranium à la Russie ou au Niger pourrait bientôt appartenir au passé. Face à un marché de l’énergie sous haute tension géopolitique, la startup américaine Fluxnium promet de briser les dépendances occidentales en puisant le combustible de nos réacteurs nucléaires directement… dans l’eau de mer !
Les États-Unis affichent des ambitions titanesques : tripler leur capacité de production d’énergie nucléaire d’ici 2050. Cette relance, largement portée par les besoins énergétiques des nouveaux centres de données IA, se heurte toutefois à un obstacle de taille. Les prix du « yellowcake », l’uranium non raffiné, ont bondi ces dernières années. Pire, la production repose en grande partie sur des pays présentant des risques géopolitiques pour les Occidentaux, comme le Kazakhstan, la Russie, la Chine, le Niger ou l’Ouzbékistan.
C’est cela que souhaite changer Fluxnium. Cette startup de la « clean tech », tout juste sortie de l’ombre avec une levée de fonds de 7 millions de dollars, propose une alternative séduisante aux mines terrestres. Son idée ? Exploiter le plus grand gisement d’uranium au monde : nos océans bien sûr ! Comme le rappelle Jeff Green, le fondateur de la jeune pousse, l’eau de mer contient plus de 4 milliards de tonnes d’uranium dissous : « C’est environ 1 000 fois plus que toutes les mines de roche dure identifiées réunies ».
Cette réserve gigantesque serait suffisante pour alimenter nos réacteurs pendant près de 50 000 ans. Mais jusqu’à présent, le coût d’extraction rendait cette piste inexploitable sur le plan commercial. Or l’innovation de Fluxnium pourrait enfin rebattre les cartes…
Quand l’extraction d’uranium s’inspire de la culture d’algues
La solution de Fluxnium est issue d’une technologie développée par deux laboratoires (ORNL, PNNL) du département de l’Énergie américain, et repose sur des fibres polymères conçues pour attirer et capturer l’uranium marin. Lors des premières démonstrations vieilles de 10 ans, l’extraction coûtait 200 dollars la livre (environ 400 € le kilo), le double des prix du marché actuel. La startup affirme cependant avoir réduit ce chiffre en augmentant la surface de contact des fibres, tout en les rendant réutilisables sans perte d’efficacité !
Dans la pratique, le procédé envisagé ressemble étonnamment à la culture des algues. La startup fabrique de longues fibres tressées, destinées à être remorquées en mer pour y être suspendues à des bouées. Après un séjour de 30 à 60 jours dans les flots, les fibres sont naturellement chargées d’uranium, et peuvent être ramenées sur la terre ferme. Le métal radioactif en est alors extrait et purifié pour obtenir du yellowcake, prêt à être vendu.
L’avantage de cette méthode est double : ce processus ne laisse derrière lui aucun résidu minier toxique, contrairement aux mines terrestres, et surtout n’importe quel pays côtier pourrait théoriquement produire de l’uranium… dans ses propres eaux territoriales.
Avec le soutien financier d’acteurs majeurs comme Constellation Energy, le plus grand exploitant de centrales nucléaires aux États-Unis, qui désire sécuriser un approvisionnement en uranium 100 % souverain, Fluxnium a désormais pour mission de passer aux tests en mer à grande échelle et de réduire davantage encore les coûts. Si elle y parvient, l’océan pourrait devenir la clé d’une énergie décarbonée, souveraine et véritablement durable !

Cancer du sein : des ondes magnétiques pour « pirater » nos cellules immunitaires !
Et si l’on pouvait soigner le cancer du sein avec de simples impulsions magnétiques ? C’est l’avancée majeure réalisée en laboratoire par des chercheurs singapouriens, qui ont reprogrammé le système immunitaire pour qu’il détruise les tumeurs !
Le traitement du cancer du sein, dont les cas ne cessent d’augmenter à travers le monde (plus de 2 millions de nouveaux cas dépistés chaque année), repose encore massivement sur des méthodes lourdes pour l’organisme, comme la chimiothérapie.
Cependant, une découverte révolutionnaire issue de l’Université nationale de Singapour (NUS) pourrait bien transformer la prise en charge des patientes. L’équipe dirigée par le professeur Alfredo Franco-Obregón a mis au point une thérapie non invasive inédite, basée sur des champs électromagnétiques pulsés (CEMP). L’objectif n’est plus de bombarder la maladie, mais de réveiller les défenses naturelles du corps.
Pour comprendre cette avancée, il faut savoir que les cellules cancéreuses sont de formidables manipulatrices. Elles parviennent en effet à détourner certaines de nos cellules immunitaires (les macrophages) pour s’en faire des alliées. Au lieu de combattre l’intrus, ces macrophages « corrompus » se mettent à protéger la tumeur et à nourrir sa croissance.
C’est précisément ce mécanisme que les chercheurs ont réussi à inverser. En exposant ces cellules à de faibles impulsions, ils ont découvert qu’ils pouvaient les « reprogrammer » via l’activation d’un interrupteur moléculaire, transformant à nouveau ces cellules complices en de féroces soldats tueurs de cancer. L’onde magnétique en question stimule la capacité de réparation des cellules saines, tout en causant un stress métabolique et une surcharge de calcium mortelle uniquement dans les cellules cancéreuses, qui sont déjà instables.
Des tumeurs éradiquées en un temps record
Les résultats obtenus en laboratoire sont spectaculaires. Après seulement quatre séances de trente minutes d’exposition à ces champs magnétiques sans chimio, les tumeurs ont été totalement éliminées chez 75 % des modèles précliniques testés. Seconde bonne nouvelle : les cellules immunitaires ainsi reprogrammées se sont attaquées exclusivement au cancer, épargnant les tissus sains. L’appareil médical utilisé a d’ores et déjà réussi la première phase des essais cliniques humains, confirmant son absence de toxicité. La prochaine étape visera à évaluer son efficacité réelle sur des patientes dans un essai clinique de phase II.
L’idée ici est d’utiliser cette technologie en combinaison avec les traitements existants, afin d’augmenter la perméabilité des cellules cancéreuses pour diviser par deux les doses de chimiothérapie nécessaires (comme la doxorubicine), réduisant ainsi drastiquement les effets secondaires. Cette innovation pourrait bien devenir une arme redoutable, non seulement contre le cancer du sein, mais aussi contre d’autres tumeurs solides !

Des robots qui apprennent comme nous, par imitation !
Et si n’importe quel robot pouvait copier nos mouvements après seulement 30 minutes d’observation ? Avec son modèle universel OM-1, Reward AI veut permettre aux machines d’apprendre la fluidité de nos gestes par simple imitation.
Avez-vous déjà noté avec quelle facilité vous attrapez un verre ou ajustez votre prise sur un objet glissant ? Ou peut-être n’y avez-vous jamais vraiment prêté attention ? Cette dextérité naturelle, presque inconsciente, est un véritable casse-tête pour la robotique traditionnelle. En effet, pour apprendre à une machine à manipuler des objets, il fallait jusqu’ici des heures et des heures de programmation fastidieuse ou de téléopération.
Fondée par Zipeng Fu, un chercheur de renom de l’Université de Stanford, Reward AI a justement pour ambition de redéfinir la façon dont les machines s’adaptent à notre monde physique. Sa nouvelle technologie, baptisée OM-1, s’appuie sur un principe simple : laisser les robots apprendre en enregistrant directement le comportement humain…
Au cœur de cette innovation se trouve « l’Omnibody Hand », un gant technologique offrant 7 degrés de liberté. Conçu pour être porté naturellement, il enregistre les mouvements de l’utilisateur, qu’il soit en train de trier des objets, de cuisiner ou de travailler, sans jamais entraver sa gestuelle. Grâce à une multitude de capteurs tactiles, de caméras miniatures et d’un suivi électromagnétique ultra-précis, ce système capture la moindre subtilité de nos interactions, y compris la force exercée et la vitesse d’approche. Une méthode qui rappelle celle employée par la start-up parisienne Genesis AI pour gagner en dextérité.
Un « cerveau universel » pour tous les robots
Toutes ces données précieuses sont ensuite assimilées par OM-1, le « cerveau » du système. La prouesse de cette IA réside dans sa capacité à apprendre exclusivement à partir de ces démonstrations humaines. Là où la concurrence s’appuie encore sur de la simulation numérique ou du guidage à distance, OM-1 s’en affranchit. Une fois le geste compris, l’IA peut transposer cette compétence à n’importe quelle machine, qu’il s’agisse d’un bras industriel classique ou d’un robot humanoïde dernière génération.
Comme le montrent les vidéos de démonstration, cette intelligence artificielle traite les informations à une vitesse fulgurante, permettant aux robots d’agir avec la même cadence et la même fluidité qu’une personne. Face à l’imprévu, comme une porte de réfrigérateur qui résiste ou une boîte inopinément lourde, le système ajuste sa force en temps réel, conservant des mouvements souples là où les robots traditionnels bloqueraient.
Plus fascinant encore, le modèle OM-1 n’aurait besoin, selon les dires de l’entreprise, que de 30 minutes de données humaines pour maîtriser une toute nouvelle tâche complexe ! La prochaine fois que vous serez en train de plier votre linge ou de vous préparer un petit café, dites-vous qu’un robot est peut-être déjà prêt à vous remplacer…
Des souris avec un cortex presque entièrement humain : la prouesse de Stanford !
Comment étudier le cerveau humain sans y toucher ? La réponse pourrait résider… dans le cerveau d’une souris. Stanford vient de réussir à faire mûrir un cortex humain au cœur même de souris de laboratoire, ouvrant une nouvelle ère pour l’étude de troubles comme la schizophrénie, la paralysie cérébrale ou l’épilepsie.
Comprendre les troubles du développement cérébral a toujours été un défi majeur pour la science, notre cerveau vivant étant par nature inaccessible ! Pour contourner cet obstacle, l’équipe dirigée par le Dr Sergiu Pașca a franchi un cap historique. Dans une étude publiée en septembre 2026 dans la revue Nature, ces scientifiques ont réussi à transplanter des « organoïdes corticaux », de minuscules fragments de tissu cérébral humain cultivés en laboratoire, dans le cerveau de souris nouveau-nées.
Ces rongeurs ne sont pas ordinaires : ils ont été génétiquement modifiés pour naître presque dépourvus de cortex cérébral. Cet espace vide a offert un environnement d’accueil idéal, évitant la compétition avec les cellules animales. Le résultat est vertigineux : les tissus humains ont survécu, grandi et se sont parfaitement connectés au reste du système nerveux de l’animal, jusqu’à sa moelle épinière ! Quelques mois plus tard, le cortex des souris était composé à près de 92 % de cellules humaines, sans que leur comportement général ne diffère significativement de celui des souris normales. Une percée dans la recherche.
En 2022, l’équipe de Stanford avait déjà tenté l’expérience. Mais à l’époque, les cellules humaines étaient injectées dans un cortex déjà existant : elles devaient « se battre » pour trouver de la place et ne représentaient qu’une infime fraction du cerveau. Ici, en éliminant cette compétition cellulaire, le tissu humain a pu devenir le « cortex dominant ».
Des neurones rarissimes enfin observables
Ce modèle hybride, qualifié de souris « xénocorticale », a d’emblée permis des découvertes inespérées. Les chercheurs y ont repéré des neurones de von Economo humains vivants. Ces cellules gigantesques et rares, impliquées dans l’intelligence sociale et la prise de décision, sont impossibles à cultiver in vitro. Elles n’avaient été observées que dans des cerveaux humains post-mortem ou des mammifères sociaux comme les grands singes.
Pouvoir enfin les observer au sein d’un organisme vivant offre un espoir inédit pour comprendre des affections comme la démence frontotemporale, qui détruit précisément ces cellules. Les scientifiques ont aussi pu démontrer la vulnérabilité des neurones humains au manque d’oxygène, offrant une piste cruciale pour l’étude de la paralysie cérébrale.
Si cette hybridation humain-animal soulève naturellement d’importantes questions éthiques, les chercheurs, encadrés par plusieurs spécialistes, l’assument pleinement. Face à la souffrance de millions de patients atteints de troubles neurologiques aujourd’hui incurables, c’est le renoncement à ces recherches qui serait, selon eux, « éthiquement discutable ».

L’intelligence artificielle au service d’une nouvelle ruée vers l’or ?
À Tianjin, la Chine a présenté deux cerveaux virtuels capables de cartographier les sous-sols à distance avec une précision supérieure à 90 %. Une technologie qui pourrait nettement accélérer l’exploration minière et rebattre les cartes de l’indépendance énergétique pour de nombreux pays.
C’est une petite révolution dans le monde de l’exploitation minière. Lors de la 28e Conférence minière de Chine à Tianjin, le Service géologique du pays a levé le voile sur deux outils d’un genre nouveau dans ce domaine : « AI-GeoMapping et AI-OreSeeking ». Ces deux systèmes, dopés à l’intelligence artificielle, promettent de transformer radicalement la façon dont nous explorons les profondeurs de notre planète.
Le premier, AI-GeoMapping, est un cartographe hors pair. Faisant converger des données satellitaires, des relevés géophysiques aériens et des observations au sol, il est capable de modéliser les strates rocheuses avec une « précision de 90 % ». Son atout ? Il se joue des obstacles naturels. Là où les forêts denses, marécages ou reliefs accidentés freinaient les expéditions humaines, l’algorithme décode la géologie à distance, augmentant l’efficacité du traitement des données de plus de 50 %, selon ses promoteurs. Déjà testé dans plusieurs provinces chinoises, ce système multilingue commence à s’exporter dès aujourd’hui dans des pays comme le Maroc, l’Arabie saoudite et le Laos.
Une IA pour sécuriser les ressources de demain ?
Si le premier outil dresse la carte, le second, AI-OreSeeking, trouve le trésor ! Véritable « cerveau intelligent » regroupant plus de 200 algorithmes de traitement, il croise d’immenses bases de données pour prédire l’emplacement exact des gisements. L’enjeu économique est colossal : chaque forage de vérification coûte des millions de yuans. En ciblant précisément les zones riches en or, en cuivre ou en plomb, l’IA permet d’éviter d’onéreuses prospections. Lors de tests récents concernant la prospection d’or dans la région de Qinling, ce qui prenait habituellement des mois a été accompli « en seulement cinq jours », révélant au passage des cibles minérales jusqu’alors imperceptibles pour l’œil humain.
Derrière cette prouesse technologique se cache aussi et surtout une véritable course stratégique. En 2024, sept ministères chinois ont publié une feuille de route pour imposer la transition vers des « mines intelligentes » d’ici 2030. L’objectif est de centraliser toutes les données géologiques du pays (historiquement cloisonnées par région ou par entreprise) pour alimenter ces algorithmes et basculer à une prospection « guidée par la donnée ».
À l’heure où la transition écologique mondiale fait exploser la demande en métaux, l’intelligence artificielle devient la nouvelle pioche de cette ruée vers l’or du XXIe siècle. Outre ceux déjà mentionnés, de nombreux autres minerais pourraient en bénéficier : l’aluminium, le fer, le nickel, le zinc, le chrome, l’uranium ou le cobalt ! Sans oublier ces fameuses terres rares, secteur stratégique sur lequel la Chine entend bien verrouiller sa domination.
















































