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Temps de lecture : 3 minutes

9 septembre 2026

La souveraineté passe-t-elle forcément par le développement d’un modèle d’IA 100% européen ? Un lieu commun que Mistral AI, fort d’une nouvelle levée de 3 milliards d’euros, entend bien remettre en cause…

Avec ce nouveau tour de force, Mistral se positionne sur tous les échelons des infrastructures en matière d’intelligence artificielle, et voit passer sa valorisation de 12 à 21 milliards d’euros. NVIDIA, déjà présent au capital, figure parmi les investisseurs qui ont participé à ce tour de table, comme aux trois précédents.

Une levée de fonds qui a de quoi nourrir la firme au chat à la hauteur de ses ambitions. En mars dernier, l’entreprise scellait déjà un partenariat avec NVIDIA pour co-développer la gamme Nemotron sur le DGX Cloud interne du géant américain. Un choix pragmatique face au mur financier des modèles de pointe internationaux, afin de sécuriser un accès critique à une puissance de calcul devenue hors de prix. Cette manœuvre tord le cou au dogme d’une pureté souveraine de l’IA et recentre le débat sur le réel. Pour peser dans la course technologique, un modèle n’a nul besoin d’être 100 % souverain tant qu’il demeure, à l’image de certains LLM Chinois, ouvert. Trois mois plus tard, les deux entreprises dévoilaient un projet d’infrastructure d’ampleur sur le sol français, équipée de milliers de systèmes NVIDIA Grace Blackwell. Puis en août, l’ambition progressait encore, avec un objectif affiché de près d’1 GW de capacité de calcul d’ici 2030. Mais Mistral ne s’arrête pas là dans ses projets d’infrastructure en Europe. La startup a aussi signé un projet de plus d’un milliard d’euros avec la société EcoDataCenter pour implanter un giga-datacenter à Borlänge, en Suède, dont la première ouverture opérationnelle est prévue dès 2027.

Mistral ne se contente plus de concevoir des modèles, l’entreprise veut désormais posséder toute la chaîne, de l’entraînement au déploiement, et même louer cette puissance à d’autres laboratoires et entreprises, à la demande. Elle a aussi récemment levé un autre tabou, celui des modèles Chinois, en offrant désormais à ses clients un accès à GLM 5.2, très performant et ouvert. Encore une fois, l’IA devient souveraine lorsqu’elle fonctionne sur des serveurs implantés en Europe et non en raison de l’origine des modèles employés.

Certes l’Europe accuse un retard conséquent en matière d’infrastructures de calcul par rapport aux géants américains. Mais le coût de la puissance installée varie relativement d’un continent à l’autre, en faveur du nôtre, pour des raisons liées au prix de l’énergie, au foncier et aux salaires. Il pourrait alors s’avérer plus compétitif pour nos concurrents de s’installer sur nos rives, une situation dont Mistral pourrait tirer profit. L’enjeu pour l’Europe reste néanmoins lié à sa capacité à ne pas freiner ces gigas projets de datacenters pour des motifs politiques ou purement idéologiques.

Infographie retraçant l'évolution de la valorisation de Mistral AI, de 240 millions à 21 milliards d'euros en trois ans.