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Temps de lecture : 3 minutes

13 juin 2026

Il faut une singulière force d’âme aux agriculteurs pour continuer à exercer leur métier quand ceux dont ils remplissent l’assiette passent leur temps à les traiter d’empoisonneurs. Car c’est bien à cela que ressemble aujourd’hui le débat public : une succession de reportages, de tribunes et de déclarations à charge.

En mars dernier, France 5 diffuse Sur le front : Que se passe-t-il dans nos champs ? LCP enchaîne avec Insecticide : comment l’agrochimie a tué les insectes. Quelques jours plus tard, Sens public annonce Une bombe dans l’assiette à propos du cadmium, avant que LCP ne poursuive avec Cadmium : un poison invisible dans nos assiettes. Et ce n’est pas fini. En mai se succèdent Violence dans nos champs, Naître sous pesticides, puis Se nourrir sans détruire notre santé.

Dimanche dernier, c’est Jean-Luc Mélenchon, en meeting à Saint-Denis, qui embraye : « Épidémie de cancers, de diabète, infertilité […] sont en cause les pesticides, le modèle agricole, la viande, le cadmium, l’eau contaminée au plastique et aux polluants éternels ».

Des émissions et des discours souvent alimentés par des rapports d’associations militantes, dans lesquels la simple présence d’une substance, indépendamment de toute notion de dose, suffit à installer l’idée d’un danger.

Le décalage avec la réalité est saisissant. Jamais les discours anxiogènes sur l’agriculture n’ont été aussi présents, alors même que l’espérance de vie à la naissance atteint désormais 80,4 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les femmes. Corrigés de l’effet du vieillissement de la population, les taux d’incidence du cancer sont globalement stables, voire en diminution. Dans le même temps, la part de l’alimentation dans le budget des ménages n’a jamais été aussi faible, et la France dispose déjà d’une réglementation ainsi que de l’un des systèmes de contrôle sanitaire et alimentaire les plus exigeants au monde.

Et pourtant, les conséquences très concrètes s’empilent. Interdictions, surtranspositions, retrait de solutions utilisées chez nos voisins : les agriculteurs français sont sommés de rivaliser avec un handicap réglementaire croissant. Même l’irrigation ou le stockage de l’eau deviennent sujets à controverse. Rares sont les professions auxquelles tant de personnes extérieures au métier viennent faire la leçon.

Sans parler du regard de plus en plus hostile de leurs concitoyens. Nous avons déjà raconté l’histoire de Christian, céréalier du Tarn, qui traite ses cultures de nuit pour s’épargner les réactions de ses voisins. Des voisins qui, en voyant cela, en concluent que les produits utilisés doivent être particulièrement dangereux. Un cercle vicieux par lequel une bonne intention devient un élément à charge.

L’agriculteur devient le coupable idéal de nos angoisses contemporaines. Un empoisonneur. Parfois aussi un imbécile, qui épandrait sans discernement des produits coûteux au mépris de sa propre santé, de son outil de travail et de la terre qu’il souhaite transmettre à ses enfants.

C’est oublier que, depuis trente ans, le monde agricole a accompli des efforts inédits et massifs pour adapter ses pratiques. Nous ne sommes plus dans les années 1960. Les substances les plus problématiques ont disparu les unes après les autres, les contraintes réglementaires se sont multipliées et les agriculteurs sont devenus des chefs d’entreprise qui doivent maîtriser des techniques agronomiques toujours plus complexes, ainsi qu’une paperasse devenue envahissante.

Tout cela est balayé au nom d’une agriculture fantasmée : la petite ferme bucolique, sans eau, sans engrais, sans traitements, mais avec des rendements miraculeux.

Ça suffit.

Nous mordons avec application la main qui nous nourrit. Il ne faudra pas feindre la surprise lorsqu’elle finira par lâcher prise.

Alors, respect et gratitude pour nos agriculteurs et agricultrices.