Les Français veulent préserver leurs entreprises… Mais taxer les robots, l’IA et les actions. Il faut bien ça pour combler le déficit, que seul un petit quart d’entre eux savent causé par les retraites.
L’Institut de l’entreprise, dont notre contributeur Erwann Tison est le directeur des études, a commandé à l’Ifop un sondage analysant les connaissances en économie de nos compatriotes. Mille d’entre eux ont été interrogés sur six notions élémentaires. Le résultat est sans appel, autant qu’inquiétant, et fait écho au terrible constat déjà révélé par le nouveau classement PISA sur le niveau de nos élèves. L’ensemble dévoile une note globale de 7,3 sur 20, avec une moyenne de 2,2 bonnes réponses par personne. Un résultat qui s’explique par des représentations de l’économie davantage façonnées par les discours, souvent erronés, relayés dans les médias et sur les réseaux sociaux que par les connaissances acquises à l’école ou la maîtrise des ordres de grandeur.
L’intérêt pour la chose économique n’est pas une garantie de maîtrise des concepts. Et c’est l’un des enseignements les plus surprenants de l’étude. Ce sont en effet ceux qui se déclarent les plus intéressés par cette matière qui obtiennent les moins bons taux de bonnes réponses. Souvent des militants politiques… Le niveau de diplôme ne l’est pas non plus, pesant moins que l’expérience professionnelle. De là à dire qu’il vaut mieux se confronter à la pratique économique à travers une fiche de paie ou une facture, plutôt qu’à un imaginaire théorique, il n’y a qu’un pas. Ces deux éléments interrogent sur la responsabilité des tenants de la pédagogie économique, les médias et l’école, dans l’affaiblissement du niveau économique des Français. Problème : cette ignorance critique nourrit les discours politiques les plus populistes et extrémistes, notamment ceux qui concernent la dette abyssale à laquelle notre pays est confronté.
Trois résultats résument les conclusions de l’étude. Sur les deux principaux postes de dépense de l’État, seulement 22 % des répondants identifient les retraites et la santé, quand plus d’un tiers cite la défense en tête. Or l’armée, hors retraites de ses membres, ne pèse que 3,3 % des dépenses, tandis que le coût global des seniors est d’environ 440 milliards d’euros, soit 26 % du total… Sur les moyens de réduire la dette, 34 % des sondés souhaitent… taxer les robots et l’intelligence artificielle, une base fiscale quasi inexistante, en plus d’exprimer une proposition qui freinerait l’innovation tirant l’économie et assurant l’avenir dans un contexte d’impitoyable concurrence internationale. C’est ce terrain que travaillent les populistes lorsqu’ils promettent d’effacer la dette, de ne pas la rembourser ou de l’ignorer.

Pourtant, cette dette avoisine les 3 570 milliards d’euros, soit près de 118 % du PIB, dont plus de la moitié est détenue à l’étranger. La France emprunte à dix ans autour de 4,5 %, un niveau inconnu depuis 2008, et chaque milliard nouvellement récupéré lui coûte donc 45 millions d’intérêts par an. La charge approche les 65 milliards en 2026, contre 58 il y a deux ans, portée par la seule remontée des taux. Elle atteint le niveau du budget des armées et se rapproche du produit de l’impôt sur le revenu (autour de 105 milliards). Nous imaginons la défense engloutir nos finances quand elle plafonne à 57 milliards hors pensions, dans une période d’intenses tensions géopolitiques, et s’avère deux fois inférieure à celle de l’Allemagne (108 milliards d’euros).
Les remèdes, chargés de nouvelles pressions fiscales, envisagés par les sondés laissent ainsi pantois. La France est déjà l’un des pays les plus taxés au monde, deuxième de l’OCDE derrière le seul Danemark, qui offre des salaires bien moins lestés de cotisations sociales et des services publics de bien meilleure qualité que les nôtres. Elle se place également en dernière position de l’ensemble des nations en termes de compétitivité fiscale.
Dans l’hypothèse la plus favorable à ses promoteurs, la taxe sur les grands patrimoines, plébiscitée par les sondés et inspirée de la proposition de Gabriel Zucman, rapporterait une vingtaine de milliards d’euros, à condition de franchir l’obstacle du Conseil constitutionnel et de ne pas entraîner le départ des contribuables concernés. Le retour de l’ISF est chiffré à 1,3 milliard, la taxe sur l’épargne salariale envisagée pour 2027 à un seul pauvre milliard, prélevé sur 13 millions de salariés. Des recettes négligeables frappant ce qui pourrait relancer le pays, à savoir l’innovation, l’investissement et le travail. Quant à l’annulation pure et simple de la dette, promue par certains et grand sujet de la gauche radicale, elle signifierait un défaut sur l’épargne des Français comme sur les créanciers étrangers, une crise bancaire et une envolée des taux.

Le seul levier à la hauteur se trouve du côté de la dépense, estimée autour de 1 720 milliards par an. Réformer réellement les retraites, abaisser les cotisations qui pèsent sur le travail, réduire le périmètre administratif au profit de ceux qui l’exercent sur le terrain — professeurs, policiers, juges, soignants —, de manière à revaloriser leurs professions et leurs salaires : là résident les marges, non dans la fiscalité.
L’ignorance économique des Français n’est pas entièrement de leur fait, tant elle est nourrie par un brouhaha médiatico-politique friand de simplifications et de polémiques. Mais l’étude rappelle aussi que l’économie s’apprend autant, sinon davantage, au cours de la vie active qu’à l’école. La responsabilité est partagée avec ceux qui gouvernent, surtout ceux qui l’envisagent, sans endosser à ce stade la moindre responsabilité, tout en se moquant de la réalité des chiffres.








































