Terraformer Mars ? Pioneer Labs, une startup californienne, a conçu un microbe capable de fabriquer les matériaux d’une future colonie. Le premier des cinq organismes nécessaires à la transformation de la planète.
Imaginez que vous marchiez sur Mars sans scaphandre. Vous respirez à pleins poumons. Vous voyez onduler des champs de blé au pied d’Olympus Mons. Ce rêve a un nom : la terraformation. L’idée est de transformer une planète entière pour que la vie terrestre s’y épanouisse à l’air libre, hors de toute bulle pressurisée. Sur Mars, le chantier est colossal. L’atmosphère y est plus de 100 fois moins dense que la nôtre et composée à 95 % de CO₂. La température moyenne avoisine −60 °C. Le sol regorge de perchlorates et de sels toxiques pour presque tout ce qui vit.
Le 22 septembre, la startup californienne Pioneer Labs a franchi une première marche. La biologiste Erika Alden DeBenedictis et son équipe présentent sPL.001, la première bactérie conçue pour Mars. Ils ont eu recours à l’évolution dirigée : on sélectionne génération après génération les souches les plus performantes. Le microbe terrestre ainsi entraîné tire tous ses nutriments du sol martien, de l’eau et de l’air local transformé en acétate. Il n’a besoin ni d’engrais importé ni de dépollution préalable, et sa biomasse est faite « à 100 % d’atomes martiens ».
Cultivée dans un bioréacteur chauffé, la bactérie produit des bioplastiques (la famille des gobelets compostables et des filaments d’impression 3D). Ces derniers servent à bâtir des habitats pressurisés et protégés des radiations. D’après l’architecture de référence publiée par Pioneer Labs, le matériel tient dans une seule fusée et suffirait à ériger une ville en quatre ans.
La science-fiction imaginait détourner des comètes ou déployer des miroirs orbitaux géants. Les scénarios plus sages prévoyaient de laver et fertiliser le sol robot après robot, sur une surface équivalente à celle de tous les continents terrestres. La tâche était démesurée. Le vivant offre un raccourci formidable, car il se reproduit tout seul et transforme la matière sur place. Pioneer Labs démontre que la chimie du sol martien ne sera pas l’obstacle rédhibitoire à la colonisation de Mars. La voie biologique est donc ouverte pour verdir une planète entière.
Cela ne signifie pas que Mars verdira demain. sPL.001 ne survit pour le moment qu’en cuve. À l’extérieur, le froid et l’absence d’eau liquide la stérilisent rapidement ; c’est voulu. Même en cas de fuite catastrophique d’un réacteur industriel, le risque de contamination resterait plusieurs centaines de fois sous le seuil de protection planétaire. Les résultats viennent par ailleurs de laboratoires terrestres et n’ont jamais été testés sur place. Enfin, sPL.001 n’est que le premier des cinq organismes qu’il faudra, selon Pioneer Labs, pour verdir la planète rouge.
L’humanité n’a encore jamais envoyé volontairement un être vivant sur Mars. Le premier pourrait être un maçon microscopique. Derrière lui viendront peut-être un jour les premières prairies d’un second foyer pour l’humanité.












































