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Temps de lecture : 6 minutes

29 août 2026

Avec l’IA, lancer un projet n’a jamais été aussi facile, ni aussi abordable. Mais comment faire, concrètement ? C’est une question que l’on nous pose souvent — et que nous explorons nous-mêmes un peu plus chaque jour avec Les Électrons Libres.

Il y a quelques années, qui nous paraissent déjà une éternité, monter une entreprise de presse aurait exigé beaucoup plus de salariés, de prestataires et surtout de capital. L’IA a changé la donne.

Pas seulement parce qu’elle corrige un texte ou résume un document. Mais parce qu’elle fait chuter le coût d’entrée de pans entiers de la structure. Une petite équipe peut désormais développer ses propres outils, produire de nouveaux formats et tester beaucoup plus d’idées. Encore faut-il savoir par où commencer.

La première règle est simple : automatiser tout ce qui se répète. Les tâches évidemment chronophages, mais aussi celles que l’on accomplit machinalement sans même plus les voir. À chaque fois, la même question : pourrait-on ne plus avoir à faire cela nous-mêmes ? Pas pour travailler moins, mais pour consacrer davantage de temps à ce qui a de la valeur.

À nos débuts, par exemple, nous publiions manuellement chacun de nos contenus sur les réseaux sociaux. Très vite, nous avons développé un outil pour le faire. Puis automatisé toute la préproduction : orthographe, typographie, mise en ligne, SEO… Demain, l’ensemble de cette chaîne sera entièrement autonome. Le temps humain, lui, pourra être encore davantage consacré à l’édition, à l’enquête ou à de nouveaux projets.

Mais attention à ne pas automatiser ce qui ne mérite pas d’exister. Quand presque tout devient techniquement possible, la difficulté n’est plus seulement de savoir comment faire, c’est de décider quoi faire. Existe-t-il déjà une meilleure solution ? Cette tâche aura-t-elle encore un sens demain ? Et surtout : où l’intervention humaine apporte-t-elle réellement quelque chose ?

Enfin : ne jamais refaire deux fois exactement la même chose. Chaque répétition d’un processus doit être l’occasion de le simplifier, de l’améliorer ou d’en automatiser une partie. Ce sont ces gains successifs, beaucoup plus que les grandes annonces sur l’IA, qui finissent par transformer une organisation.

C’est ainsi que nous avons progressivement développé notre propre suite logicielle adaptée à la presse : un radar éditorial pour repérer les sujets scientifiques, technologiques et d’actualité ; un outil d’édition pour détecter les faiblesses d’un article, vérifier les faits et les sources ou encore respecter notre charte éditoriale ; des outils de publication multiplateforme, de génération de podcasts et de SEO.

Alors, Les Électrons Libres sont-ils un média désincarné, fait avec de l’IA ? Nos détracteurs nous l’opposent parfois.

Ce n’est évidemment pas le cas. Car paradoxalement, plus l’IA devient puissante, plus l’expertise humaine compte et plus elle peut s’épanouir.

Lorsqu’il devient facile de produire, la créativité, la connaissance et l’initiative deviennent la vraie valeur : savoir quoi chercher, quelles sources croire, quel angle mérite d’être défendu, quelle idée apporte réellement quelque chose. Nos outils ne remplacent pas nos journalistes et nos experts, ils leur permettent seulement d’aller plus loin.

Cette baisse des coûts a aussi une conséquence directe sur notre indépendance. Moins un projet exige de capital, moins il dépend de ceux qui peuvent le financer.

Notre deuxième levée de fonds vient de s’achever, une nouvelle fois auprès de lecteurs, d’abonnés et d’auteurs. Nous ne dépendons de personne d’autre que de ceux qui nous lisent, nous soutiennent et ont choisi d’investir à nos côtés. Peu de médias peuvent en dire autant. Ces nouveaux moyens vont surtout nous permettre d’essayer, de tester et de créer davantage. La plus visible de ces nouveautés, notre nouveau site, est en ligne depuis ce matin !

La navigation a été revue. Les articles peuvent désormais être triés par rubriques et regroupés en dossiers pour retrouver plus facilement nos travaux sur un même sujet. Notre modèle freemium devient également plus lisible : chaque jour, un article reste accessible gratuitement, avec des encarts payants permettant d’aller plus loin.

Cette année, nous allons aussi publier des brèves quotidiennes consacrées à la science, à la technologie et à la santé. Chaque lundi, Électroscope en fera le bilan, en sélectionnant les innovations et découvertes qui méritent réellement l’attention.

Bientôt, Céleste pourra également être interrogée directement depuis le site, pour remplacer la recherche traditionnelle par mots-clés par une recherche conversationnelle capable de retrouver nos articles, nos données et nos analyses.

Mais les plus grands bouleversements sont à venir.

Nous développons actuellement une section vidéo à part entière, pensée comme un contenu original et non comme une simple déclinaison de nos articles. Ce sera le lancement d’une véritable chaîne YouTube, à laquelle vous pouvez d’ores et déjà vous abonner.

L’IA y aura toute sa place, surtout pas pour produire des contenus à la chaîne, mais pour profiter, là encore, de l’incroyable baisse des coûts qu’elle entraîne afin de créer les choses les plus personnelles possibles.

Naturellement chimique, notre dernier ouvrage, est le fruit du même état d’esprit : un véritable travail scientifique et d’enquête réalisé en quelques mois, à un rythme difficilement imaginable dans les circuits traditionnels de l’édition. D’autres sont déjà en préparation.

Nous allons également multiplier les événements avec notre communauté premium, avec laquelle nous échangeons quotidiennement et que nous avons hâte de retrouver pour refaire le monde.

Lorsque produire coûte moins cher, l’intérêt n’est pas seulement de faire la même chose plus vite. C’est de libérer du temps pour ce qui compte davantage.

On insiste beaucoup — Bill Gates l’a encore fait récemment — sur la menace que l’IA ferait peser sur le travail. Mais peut-être faut-il aussi regarder l’autre versant de cette révolution. Depuis toujours, une immense partie de notre temps est consacrée à produire ce dont nous avons besoin. Et si les machines en prenaient progressivement une part plus importante ?

Nous pourrions alors consacrer davantage de temps à ce que nous choisissons de faire, à ce que nous savons faire de mieux, plutôt qu’à ce que la nécessité nous impose. L’IA annonce peut-être moins la fin du travail que la fin d’une certaine servitude au travail.

Vidéo, brèves, événements… Ce n’est pas tout. Car dans l’année électorale sous haute tension qui s’annonce, nous comptons bien appliquer cette méthode à d’autres projets particulièrement ambitieux.

Mais cela sera l’objet d’un prochain édito…