En 2020, la nouvelle maire écologiste de Strasbourg héritait d’une des villes les plus vertes de France. Immédiatement, elle décrétait « l’état d’urgence climatique ». Six ans plus tard, quel est son bilan ?
L’accession de Jeanne Barseghian à la mairie de Strasbourg, première écologiste à occuper cette fonction, a créé la surprise générale. Issue de la vague verte ayant déferlé sur le pays au sortir du premier confinement, elle avait profité, à l’instar de ses coreligionnaires, d’une faible participation électorale à une époque rythmée par le port du masque et le remplissage d’auto-attestations. Elle n’avait eu besoin d’engranger que 21 592 voix sur les 143 638 inscrits (soit 15 % des suffrages totaux) pour se faire élire avec 41 %. Fort heureusement, l’élection de mars 2026 devrait (sauf très mauvaise surprise de dernière minute) se tenir dans des conditions normales. L’édile sortante ne pouvant plus compter sur l’effet de surprise ou les contraintes sanitaires pour espérer conserver son siège, elle devra utiliser son bilan pour persuader une majorité de Strasbourgeois. Et malheureusement pour elle, celui-ci est plus que contrasté.
Un héritage en or massif
Rappelons en premier lieu, à sa décharge, qu’elle fut élue dans une période complexe, réduisant les capacités budgétaires et s’inscrivant dans un environnement global plutôt morose.
Rappelons également qu’elle a hérité d’une ville très bien gérée et jouissant d’une forte attractivité, fruit de l’excellent travail des trois derniers maires. Elle bénéficiait donc, à l’inverse de certains de ses collègues, d’une situation budgétaire, écologique et sociale plus qu’enviable.
Il est également nécessaire de garder à l’esprit qu’un mandat s’inscrit dans une dynamique de long terme. Cela évite de s’attribuer les mérites d’autrui, comme Jeanne Barseghian avait pu le faire en affirmant avoir fait baisser la pollution de 40 % en 3 ans. Dommage qu’elle n’ait pas fait la promotion du moteur de cette réussite, à savoir un réseau de transports urbains dense, décarboné et basé sur l’intermodalité, dont le développement a commencé en 1998 sous le mandat de Catherine Trautmann (qui se représente elle aussi sous l’étiquette du Parti socialiste lors de ce scrutin) et qui a été prolongé par Fabienne Keller (Horizons) et Roland Ries (Parti socialiste). Les Strasbourgeois jouissent ainsi d’un réseau solide de tramways, composé de sept lignes reliant une centaine de stations, et venant de bénéficier, à la fin 2025, d’une extension vers l’ouest (notamment vers la magnifique commune d’Eckbolsheim), un projet prévu de longue date. Strasbourg avait ainsi réduit intelligemment la place de la voiture dans son centre, en construisant pendant vingt ans des parkings-relais entourant la ville, permettant de déposer son véhicule et de se déplacer de manière illimitée sur le réseau pour seulement 4,2 € par jour. La volonté affichée de la maire sortante de créer des ZFE au sein de la ville était donc vaine, tout ayant déjà été entrepris pendant deux décennies pour réduire au maximum ces émissions.
La ville était depuis longtemps tournée vers l’usage du vélo — au point d’être considérée comme la capitale française du deux-roues — grâce à une politique pragmatique menée dans la durée, sans dogmatisme, à la différence d’autres grandes villes. Elle bénéficiait aussi d’un réseau de chauffage urbain performant et peu carboné, développé par les équipes précédentes. Dans ce contexte, la proclamation de « l’état d’urgence climatique » lors de l’intronisation de Jeanne Barseghian apparaît en décalage, tant avec la situation existante qu’avec les résultats obtenus par la suite.
Car sur le plan écologique, le bilan de la majorité sortante ne repose principalement que sur trois actions : la création du Ring vélo autour de la Grande Île (lancé en 2022 et achevé en décembre 2025), la rénovation énergétique de bâtiments municipaux, et le Plan Canopée, qui a permis la plantation de plus de 5 500 arbres et la végétalisation de 100 000 m².
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