Sources hasardeuses ou militantes, erreurs manifestes… Yuka, l’application derrière la polémique sur l’E133, risque-t-elle de se décrédibiliser ? Rien n’est moins sûr : c’est sur ce type d’alerte, notamment sur les nitrites, qu’elle a bâti son succès commercial.
Regarder l’écran de son smartphone au supermarché est devenu un réflexe pour des millions de consommateurs en quête de transparence. Pourtant, derrière les pastilles rouges alarmantes et les listes interminables de sources scientifiques, se cache parfois une mise en scène bien rodée. Prenez le Bleu Brillant FCF, cet additif plus connu sous le code E133 qui colore nos confiseries ou nos sirops. L'application Yuka le classe parmi les substances à fuir, brandissant fièrement une vingtaine de rapports d'experts pour légitimer sa sentence. L'affichage est impressionnant et donne l'illusion d'un consensus scientifique indiscutable sur sa dangerosité. Mais lorsque l'on prend le temps de plonger dans les détails de cette bibliothèque numérique, la rigueur fait place à un empilement de documents hors-sujet.
En décortiquant cette liste, on découvre d'abord qu'une proportion considérable de ces sources ne traite absolument pas du colorant en lui-même, mais de la toxicité générale de l'aluminium. Les algorithmes de notation opèrent ici par de coupables associations, car le bleu peut parfois être fixé sur un support d'aluminium lors de sa fabrication industrielle. Pour les sirops de menthe, c'est pourtant sa forme hydrosoluble, sans laque aluminique, qui est utilisée.
Quant aux publications restantes censées prouver un lien avec l'hyperactivité chez l'enfant, elles cumulent tous les biais méthodologiques imaginables. On y trouve de simples pétitions militantes, des décisions politiques locales ou des études cliniques dont les auteurs reconnaissent eux-mêmes la subjectivité des résultats ou l'impossibilité d'isoler la molécule au milieu de cocktails de colorants saturés en sucre. Pendant ce temps, les seules agences sanitaires mondiales ayant évalué le produit pur confirment l’absence de risque aux doses autorisées, la molécule étant éliminée par l'organisme sans même pénétrer dans le sang. Le thermomètre de la précaution a été volontairement truqué pour générer de l'angoisse là où la science n'en voit pas.
Pourquoi l’application Yuka oriente-t-elle ainsi ses résultats, au risque de perdre en crédibilité ? Cette stratégie ne doit rien au hasard : c’est elle qui a permis, il y a quelques années, de faire connaître la marque.