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82 millions d’euros de dépenses, 87 000 de recettes. Dans sa volonté farouche de préserver le droit d’auteur face au peer-to-peer, la France a dépensé sans compter… et en pure perte. Deux ans plus tôt, Netflix investissait la moitié de cette somme pour lancer sa plateforme de streaming.

Adoptée en juin 2009, la loi « Hadopi » était censée favoriser la diffusion et la protection de la création sur internet. Créée pour veiller à la prévention et à la sanction des atteintes aux droits d’auteur sur les réseaux, la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet incarnait alors la volonté politique de protéger les artistes face au téléchargement illégal massif sur les réseaux peer-to-peer. Près de quinze ans plus tard, le bilan apparaît comme un cas d’école du penchant français pour une législation qui, sous couvert de défense de la culture, ignore les évolutions du monde numérique, au prix d’un gaspillage spectaculaire de ressources publiques.

Hadopi reposait sur la « riposte graduée » : envoi d’avertissements, puis recommandation, enfin transmission à la justice en cas de récidive. Plus de 14 millions de courriers furent ainsi expédiés pour rappeler aux internautes leurs obligations. Pourtant, cette approche s’est rapidement révélée inadaptée. Tandis que l’autorité a concentré ses efforts sur le peer-to-peer, le piratage a massivement migré vers le streaming illégal et le téléchargement direct. L’arsenal juridique, figé dans une logique des années 2000, n'est jamais parvenu à suivre la rapidité avec laquelle les usages et les technologies ont évolué et s'est transformé en un mécanisme administratif lourd et coûteux.