700 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde. Dans ce contexte, difficile de se passer d’engrais. Ceux-ci apportent des nutriments essentiels… mais aussi des éléments toxiques. Heureusement, des solutions existent. Certaines prometteuses, d’autres déjà industrialisées.
Juin 2025, dans la chaleur d’un été précoce, un emballement médiatique sème la terreur parmi les amateurs de petits-déjeuners : le cadmium, un métal toxique, serait présent dans le chocolat, le café, les céréales… bref, notre alimentation quotidienne nous empoisonnerait à petit feu et comme toujours, ce serait la faute de big-agro.
L’été s’installe, la poussière retombe sur la polémique, la France part en vacances. Fin de l’histoire ?
Non ! Car un volumineux rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) sur les moyens à mettre en œuvre pour limiter l’imprégnation de la population française au cadmium paraît aujourd’hui même. Et malgré ses qualités méthodologiques et un ton modéré, gageons que celui-ci ne manquera pas de remettre une pièce dans la machine à emballement médiatique. Sans entrer dans le débat sur les liens possibles entre imprégnation au cadmium et diverses pathologies, un fait reste incontestable, certains engrais phosphorés sont bel et bien plus riches en cadmium que d’autres, les industriels en sont conscients, et ils ne restent pas les bras croisés. Afin de donner de la profondeur à la réflexion, vous voici invités à une promenade dans l’univers méconnu de l’amendement des sols.
Métaux lourds, la malédiction des engrais phosphorés.
Pour se développer, les plantes ont besoin de nutriments. Tous les jardiniers amateurs le savent point de salut en dehors des trois lettres magiques, NPK. Le N pour l’azote, indispensable à la croissance végétative. Le P pour le phosphore, clé du développement racinaire et de la reproduction. Enfin le K pour le potassium, impliqué dans la résistance aux stress et le métabolisme de l’eau.
Pendant des millénaires, l’agriculture s’est contentée de la générosité naturelle des sols, complétée par des apports organiques modestes comme le fumier, le lisier ou le compost… Soit de bonnes sources d’azote et de potassium. Celles prodiguant le phosphore sont, quant à elles, plus rares, et longtemps celui-ci ne fut obtenues que par la collecte d'os d’animaux de boucherie. C’était l’une des activités principales des « rag and bone men » dans l’Angleterre des XVIII et XIXᵉ siècles.
Avec l’essor démographique du XIXᵉ siècle et l’intensification de l’agriculture, ces sources montrent rapidement leurs limites. Les sols s’épuisent, les rendements stagnent, et l’on commence à chercher ailleurs, dans les entrailles de la Terre, les éléments nécessaires à nourrir l’humanité.
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