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Temps de lecture : 9 minutes

25 janvier 2026

Transformer l’air en eau, rendre les avions immortels, faire progresser le fertilité grâce à l’IA, nettoyer les océans et rendre l’IA autonome… C’est parti pour Électroscope #11.

Le distille de Dune existe !

Des chercheurs du MIT ont mis au point un dispositif qui semble tout droit sorti d’un film de science-fiction. Il extrait de l’eau potable directement à partir de l’air, même dans les déserts les plus arides où l’humidité ne dépasse pas 10 %. Le rêve des personnages du célèbre roman Dune, de Frank Herbert ! Testé avec succès dans des conditions extrêmes (notamment la Vallée de la Mort, dans le désert de Mojave californien), ce système passif, sans électricité ni tuyaux, repose sur un hydrogel innovant intégré dans un panneau de la taille d’une fenêtre.

Le principe est astucieux et simple. La nuit, quand l’humidité augmente légèrement, le matériau absorbe la vapeur d’eau ambiante comme une éponge ultra-efficace. Le jour, la chaleur solaire libère cette eau capturée sous forme liquide, propre, filtrée et potable. Pas de pompe, pas de compresseur énergivore, juste la physique des matériaux et le soleil. Les tests ont montré des rendements impressionnants : jusqu’à 160 millilitres par jour dans des conditions très basses en humidité, avec une eau de qualité potable après traitement minimal.

Près de 2 milliards de personnes vivent dans des zones où l’accès à l’eau douce est critique, souvent loin des nappes phréatiques ou des rivières. Ce dispositif pourrait équiper des maisons, des villages isolés, des camps de réfugiés ou même des bases militaires et des expéditions, en produisant de l’eau sur place sans infrastructure lourde. À plus grande échelle, des versions modulaires pourraient alimenter des communautés entières, réduisant la dépendance aux forages coûteux ou au transport d’eau par camion.

Se pose encore la question de savoir comment s’assurer que l’eau reste vraiment sûre partout. Pour l’instant, le dispositif ne peut être déployé à grande échelle, restant au stade des prototypes prometteurs et des tests sur le terrain. Mais le MIT a démontré que, même à 10 % d’humidité, l’air contient assez d’eau pour être exploitable. C’est une percée concrète vers un monde où l’eau potable ne dépend plus seulement des pluies ou des rivières, mais de l’atmosphère elle-même. Avec de la prudence et des investissements intelligents, cela pourrait devenir un outil majeur contre la crise hydrique mondiale.

Des avions « immortels » ?

Des chercheurs américains des universités de North Carolina State et de Houston viennent de présenter un matériau composite révolutionnaire qui pourrait rendre les avions, les turbines éoliennes ou même les engins spatiaux quasi « immortels ». Ce composite auto-réparant se remet de ses blessures plus de 1 000 fois sans perdre ses performances, et il est déjà plus résistant que les matériaux actuels utilisés dans les ailes d’avions ou les pales de turbines.

Le secret réside dans une ingénieuse combinaison faite de fibres renforcées classiques (type carbone ou verre), intégrant des agents de réparation imprimés en 3D et des chauffages embarqués. Quand une fissure ou une délamination apparaît – typique des chocs, de la fatigue ou des impacts en vol –, le système détecte le dommage et active localement la chaleur. Cela déclenche la fusion d’un agent réparateur qui comble la brèche, solidifie le tout et restaure la structure. Les tests en laboratoire ont montré que le matériau reste plus solide que les composites standards, même après 500 cycles de casse et de réparation. Au-delà de 1 000, il conserve encore une intégrité remarquable.

L’intérêt est colossal pour l’aéronautique. Aujourd’hui, les avions doivent être inspectés et réparés régulièrement, ce qui coûte cher et immobilise les appareils. Avec ce matériau, les structures pourraient durer des siècles au lieu de décennies, réduisant drastiquement les coûts de maintenance, les déchets et les remplacements. Une aile ou un fuselage qui se répare seul, en vol ou au sol, changerait la donne pour la sécurité, la durabilité et même l’empreinte carbone du transport aérien. Les applications s’étendent aux éoliennes (où les pales subissent des vents extrêmes) et aux engins spatiaux (où les réparations en orbite sont quasi impossibles).

Cette révolution ne concerne pas encore les avions en développement, mais les premiers résultats montrent que la science des matériaux vient de franchir un cap. Des composites qui se soignent eux-mêmes pourraient transformer l’industrie en une ère de durabilité extrême, où le terme « jetable » ne serait plus employé…

L’IA championne de la FIV ?

Dans un monde frappé par la dénatalité, une petite révolution est en train de se produire dans le domaine de la fertilité. Un laboratoire entièrement robotisé, piloté par l’intelligence artificielle, a contribué à la naissance de 19 bébés en parfaite santé. Ce système, développé par la startup Conceivable Life Sciences et baptisé AURA, automatise les étapes les plus délicates de la fécondation in vitro (FIV), traditionnellement réalisées à la main par des embryologistes.

Au lieu de manipulations humaines sujettes à la fatigue, aux variations ou aux erreurs minuscules, AURA utilise des bras robotiques précis et des algorithmes d’IA pour sélectionner les meilleurs spermatozoïdes, injecter l’un d’eux dans l’ovule, surveiller en continu le développement des embryons et choisir ceux qui ont le plus de chances de donner une grossesse viable. Plus de 200 gestes sont ainsi standardisés, sans contact humain direct.

Les 19 naissances, issues de cliniques partenaires (notamment au Mexique), sont toutes issues de ce processus automatisé. Les premiers résultats sont encourageants. Les taux de fécondation et de grossesse obtenus dans les essais pilotes se situent au niveau des meilleures cliniques humaines, voire légèrement au-dessus dans certains cas. L’IA excelle particulièrement dans l’analyse objective et répétable des embryons, là où l’œil humain peut varier d’un technicien à l’autre.

La FIV traditionnelle reste une procédure chère, épuisante et dont le taux de succès moyen tourne autour de 30 à 40 % par cycle pour les femmes de moins de 35 ans. En automatisant et en optimisant chaque étape, AURA pourrait réduire les coûts à long terme, diminuer les écarts entre cliniques et rendre le traitement plus accessible à des millions de couples qui en sont aujourd’hui exclus pour des raisons financières ou géographiques. À terme, cela pourrait transformer la fertilité en une médecine plus prévisible et plus équitable.

Pour l’instant, AURA n’est pas encore « meilleur » que les laboratoires humains de pointe sur tous les plans, mais ses résultats préliminaires montrent qu’il est déjà plus constant et potentiellement plus efficace sur les étapes critiques. À suivre avec prudence, espoir et vigilance.

The Ocean Cleanup : sus au continent plastique

The Ocean Cleanup, l’organisation fondée par le jeune ingénieur néerlandais Boyan Slat, poursuit son combat contre la pollution plastique des océans. En 2025, elle a franchi un nouveau cap. Ses systèmes ont extrait environ 25 000 tonnes de déchets plastiques des milieux aquatiques (océans et rivières combinés). Ce chiffre représente un record absolu pour une seule année.

Un volume que Boyan Slat compare au poids d’une dizaine de tours Eiffel.

L’organisation ne se contente pas de ramasser le plastique déjà présent dans l’océan. Elle déploie aussi des « intercepteurs » dans les rivières pour bloquer les déchets avant qu’ils n’atteignent la mer. Selon leurs estimations, ces barrières recueillent désormais entre 2 et 5 % des flux mondiaux de plastique entrant dans les océans chaque année. Un pourcentage qui grimpe rapidement avec l’expansion de leur programme « 30 Cities », lancé en 2025.

Chaque année, environ 11 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans, menacent la vie marine et contaminent la chaîne alimentaire. En extrayant les matériaux flottants avant qu’ils ne se fragmentent en microplastiques quasi impossibles à récupérer, The Ocean Cleanup empêche une dégradation irréversible. Leur objectif ambitieux reste de supprimer 90 % de cette pollution d’ici 2040, en combinant nettoyage actif, prévention en amont et plaidoyer pour des politiques globales plus strictes.

Restons néanmoins prudents. 25 000 tonnes par an, c’est énorme pour une ONG, mais minuscule face aux millions de tonnes qui finissent annuellement au fond des mers. Ensuite, si recycler ce plastique récupéré en produits utiles (comme des lunettes de soleil ou des routes) évite qu’il ne revienne dans la nature, le modèle économique est fragile, tant il repose sur des dons, des partenariats et des ventes. Mais Boyan Slat et son équipe prouvent que la technologie peut inverser la tendance, à condition de maintenir le rythme et d’obtenir un soutien mondial massif.

Rubin, la vraie révolution de l’IA ?

NVIDIA a lancé sa nouvelle plateforme Rubin, annoncée par son PDG, Jensen Huang. Succédant à Blackwell, elle est conçue pour propulser l’IA vers des systèmes de raisonnement autonomes, à même de planifier plusieurs étapes et d’agir comme de vrais agents intelligents.

Au cœur de Rubin, six puces inédites fonctionnent comme un tout cohérent. Le GPU Rubin apporte une puissance de calcul massive, le CPU Vera (avec 88 cœurs Olympus Arm) gère les tâches complexes, et quatre puces réseau assurent des connexions ultra-rapides. Les gains sont impressionnants : jusqu’à cinq fois plus de performances que Blackwell sur l’entraînement et l’inférence IA, et un coût divisé par dix pour traiter les données. Cela permettra des modèles d’IA bien plus puissants, avec des contextes gigantesques et une fiabilité accrue.

L’intérêt ? Ouvrir la voie à des applications concrètes comme des assistants personnels ultra-autonomes, des voitures qui décident en temps réel, des diagnostics médicaux plus précis et des usines intelligentes qui anticipent les pannes. Produite en masse dès janvier 2026, la plateforme arrivera chez les grands fournisseurs cloud fin 2026-début 2027.

Chaque lundi, Les électrons libres vous propose un tour d’horizon des nouvelles électrisantes qui secouent le monde de la tech et œuvrent en faveur d’un progrès à même de changer votre quotidien.

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