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Temps de lecture : 5 minutes

23 octobre 2026

Tandis que tous les signaux économiques du pays virent au rouge, la France s’embrase et les candidats à la présidentielle, en plus de continuer de proposer de creuser la dette, cherchent de pratiques boucs émissaires pour pallier leur incompétence.

Signe du degré de troubles et de tension de la période que nous vivons, les radicalités prennent le pas sur les autres formes d’expression politique et la chasse aux boucs émissaires est ouverte. Des coupables bien pratiques, qui dispensent de regarder en face la réalité des difficultés du pays et, plus encore, les solutions qu’il faudrait leur apporter. À gauche, l’ennemi désigné est « le riche », une notion à géométrie variable, souvent accompagnée de cette dérive, que l’histoire connaît trop bien, consistant à confondre la figure du possédant avec celle du juif, alors que l’antisémitisme explose en France. Pour la droite dure, schématiquement la cible favorite est l’étranger. Deux récits, une même mécanique, déjà révélée par le récent sondage Ifop sur la culture économique des Français, où la facture doit toujours être réglée par un autre.

Ce manichéisme se trouve exacerbé par l’actualité conjuguant cortèges lycéens et mobilisation contre « la vie chère ». Une contestation qui investit à nouveau la rue aujourd’hui, une semaine après les violences et pillages ayant accompagné les défilés du 17 octobre. Une journée dont la ville d’Orléans devrait être l’épicentre, avec la contre-manifestation organisée pour dénoncer la tenue du XIXe Congrès du Rassemblement national, où nombre de leaders de la gauche sont attendus pour souffler sur les braises du moment.

Pendant ce temps, une bonne partie des candidats déclarés à l’élection présidentielle portent des revendications conduisant à augmenter considérablement la dépense publique, alors que les marchés expriment comme jamais leur inquiétude au regard de la situation économique du pays et de son degré d’endettement. Mercredi, le taux de l’OAT à dix ans a franchi la barre des 5 %, une première depuis 2002 (et dans un tout autre contexte), avant de prendre encore plus de 0,1 point dans les vingt-quatre heures suivantes. Le spread avec l’Allemagne, qui dépassait déjà 160 points de base, en a atteint 170 le lendemain. La France emprunte désormais plus cher que l’Italie et l’Espagne… Et, ce, même si Moody’s, à la surprise générale, n’a pas dégradé, hier soir, sa note, attendant d’en savoir plus, avant le verdict de S&P le mois prochain. Reste que le budget de Sébastien Lecornu, tout juste présenté, en devient quasiment irréalisable. Il était pourtant déjà insuffisant, puisqu’il prévoit lui-même une dette passant de 119,3 % à 121,7 % du PIB l’an prochain.

Face à ce marasme, les solutions de nos prétendants à l’Élysée se noient dans une démagogie totalement hors-sol. Devant les entrepreneurs parisiens, Marine Le Pen a jugé, de manière sidérante, que « le problème des retraites est dérisoire par rapport au montant des déficits », préférant incriminer les agences et autres « comités Théodule », certes réformables, mais sans rapport avec le sujet essentiel. Les retraites pèsent pourtant 422 milliards d’euros, soit 24,3 % de la dépense publique. Dérisoire, vraiment ? D’autant que la même promettait, le 6 octobre, d’en tirer 15 à 20 milliards d’économies, tout en défendant un retour à 62 ans chiffré à 34 milliards par l’Institut Montaigne, le reste devant évidemment provenir de l’immigration…

De l’autre côté de l’échiquier, l’économiste proche de LFI, Thomas Porcher, nous explique que le spread franco-allemand « pourrait même devenir un problème pour l’Allemagne ». À rebours de toute réalité. Car le spread n’est rien d’autre que le prix du risque français. Quand celui-ci grandit, l’épargne fuit vers le Bund, valeur refuge de la zone euro, ce qui allège la facture de Berlin au lieu de l’alourdir. Son taux tourne d’ailleurs autour de 3,4 % quand le nôtre dépasse 5 %. Raphaël Glucksmann, ex-libéral sans colonne vertébrale, se lance, lui, dans une hypocrite et inefficace chasse aux riches. Sur RMC, il impute nos 1 300 milliards de dette supplémentaire à la baisse des APL et à la suppression de l’ISF. Lequel rapportait quelques milliards par an, quand il faudrait en trouver des centaines… Comme s’il voulait marcher sur les plates-bandes de Jean-Luc Mélenchon, dont le premier budget prévoit plus de 80 milliards de dépenses nouvelles financées par plus de 100 milliards d’impôts hypothétiques frappant la production et le capital d’entreprises n’attendant que ce signal pour fuir notre pays, déjà l’un des plus taxés au monde.

Des propos irresponsables, porteurs de solutions ne pouvant avoir d’autres conséquences que de définitivement envoyer la France dans le mur. Ils contrastent nettement avec ceux du patron d’Euronext, Stéphane Boujnah, qui rappelait à raison jeudi dernier dans l’émission Quotidien que nos dépenses représentent environ 57 % du PIB. Nous sommes aussi la nation européenne qui accumule des déficits depuis le plus longtemps, et l’une des rares dont la dette a continué de croître depuis le Covid, quand nos voisins réduisaient la leur. Un record parmi les pays développés. Nos créanciers acceptent donc toujours de nous prêter, mais « c’est plus cher, et ça devient de plus en plus cher » nous avertit Boujnah.

Les marchés ignorent les notions de riches et d’étrangers. Ils se contentent froidement d’additionner des chiffres et sanctionnent l’incapacité d’un pays à les regarder en face. À force de chercher des ennemis plutôt que des solutions, la France risque de découvrir que la facture finit toujours par revenir à son véritable destinataire, à savoir elle-même et surtout ses citoyens…