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Temps de lecture : 4 minutes

4 juillet 2026

Dans l’imaginaire collectif, les lobbys sont l’apanage de l’agro-industrie, de « big pharma », des pétroliers, des fabricants de produits chimiques (dont les pesticides), et de tout ce qui n’est pas estampillé du sacro-saint label bio, cette étiquette censée donner bonne conscience en même temps que bonne mine, malgré l’absence de preuves concernant cette dernière hypothèse.

Il en existe pourtant d’autres, y compris dans le supposé « camp du bien », si efficaces autant qu’insoupçonnables, tant ils se parent de morale. Nous pensons notamment à l’un d’eux, répondant au nom d’Amorce. Il a joué un rôle majeur dans les amendements déposés dans le cadre des discussions venant de se tenir sur la loi d’urgence agricole.

Sur le seul volet « eau » du texte, huit amendements citant l’association ont été adoptés en commission du développement durable, comme le révèle le rédacteur du site Agriculture et environnement, Gil Rivière-Wekstein, dans une enquête publiée le 18 juin.

Reste à savoir pour qui roule Amorce. La réponse se niche dans sa gouvernance. On y croise Engie Solutions, premier opérateur français de réseaux de chaleur. Mais aussi un président en poste depuis 2008, ancien cadre de CNIM, constructeur d’incinérateurs. Et parmi les adhérents partenaires figure Veolia, numéro un mondial de l’eau. Or l’association réclame de nouvelles obligations de traitement des PFAS qu’elle chiffre elle-même à 1,13 milliard d’euros par an, soit précisément le marché que se partageront ces mêmes opérateurs. On emprunte à l’agrochimie son épouvantail le plus commode pour créer un marché au bénéfice de ses propres adhérents. L’Ademe, enfin, cofinance la production intellectuelle de l’association et lui ouvre ses données. L’agence publique forge la norme, Amorce la traduit en amendements, des parlementaires la déposent, des majors l’encaissent. Le tout au nom de l’intérêt général et du service public de l’eau. Du lobbying pur.

Cette mécanique, nous ne cessons de la dénoncer dans nos colonnes. Il y a la Task Force on Systemic Pesticides, dont Jean-Marc Bonmatin est vice-président, qui se présente comme un collectif scientifique indépendant et dont certains travaux furent financés par une fondation elle-même alimentée par Greenpeace et Pollinis. Ses documents fondateurs planifiaient déjà une stratégie d’influence pour obtenir l’interdiction des néonicotinoïdes avant même que la preuve scientifique de leur danger ait pu être apportée. Il y a Générations Futures, ONG anti-pesticides dont la présidente siège au conseil du Synabio et dont le budget est abondé par Ekibio, Écotone, Léa Nature ou encore Biocoop, c’est-à-dire par la filière qui prospère grâce à la peur du conventionnel. Il y a le Shift Project, qui prêche la décroissance en s’appuyant sur les chèques de Bouygues, Vinci et Veolia, ces champions de la croissance qu’il dénonce. Et que dire de ces jeunes qui, lors des « Fridays for Future » initiés par Greta Thunberg, défilaient hier pour le climat en exigeant d’isoler les bâtiments — une revendication taillée sur mesure pour les professionnels du secteur, mais bien moins efficace quand il s’agit de survivre aux étés qui s’annoncent. 

Le procédé est toujours le même. On se drape dans une cause supérieure propice au buzz. On installe un accès privilégié aux cabinets ministériels, jusqu’à Matignon et l’Élysée. Et l’on obtient, sous couvert de désintéressement, ce qu’un lobby ordinaire réclamerait sans y parvenir. La différence tient à un seul mot, la vertu, qui achète le silence là où un industriel n’aurait droit qu’au soupçon.

Mais cette machine n’est pas invincible. En séance plénière, le gouvernement a repris la main, réintroduisant l’article qu’Amorce avait fait supprimer, troquant la « sobriété » contre l’« efficience ». Preuve que le rapport de force s’inverse dès qu’une volonté politique s’y emploie. 

Notre but n’est pas de dénoncer l’écologie ou la science. Nous en sommes les plus intenses partisans. Nous voulons, en revanche, distinguer l’une et l’autre de leur exploitation militante. Il existe de vrais risques sanitaires. Mais ils méritent mieux que d’être noyés dans un marketing de la peur qui sert des intérêts lucratifs. Confondre le danger et le risque, la présence et la dose, la conviction et la preuve, ce n’est pas défendre la planète. C’est vendre de l’angoisse.

C’est le sujet d’un livre que nous publierons bientôt, consacré à cette peur de la chimie et du progrès devenue un fonds de commerce.