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16 octobre 2026

Ils seront nombreux, ce samedi, à battre le pavé. Lycéens et étudiants d’abord, mobilisés depuis des semaines pour réclamer des moyens en faveur de l’école, de son bâti et de l’enseignement. Mais aussi gilets jaunes revanchards, agriculteurs venus défendre leur digne cause, bien que sans rapport avec les difficultés des lycées ruraux (pourtant dans le besoin), casseurs en embuscade et factieux de tout poil. L’ensemble pouvant être potentiellement attisé par quelques ingérences étrangères toujours avides de déstabiliser notre pays. Le mot d’ordre lui-même a changé. Il n’est plus question de l’école, mais de la « vie chère ». Tous les leaders lycéens que nous avons rencontrés nous l’ont confié avec regret : le mouvement leur échappe. Le président de l’Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, dénonçait d’ailleurs, sans les nommer, les formations politiques désireuses de récupérer la fatigue du pays à des fins électorales, alors même qu’il fut lui-même candidat LFI aux municipales à Wattrelos, dans le Nord. Plutôt que d’amplifier une cause pouvant se défendre, ce jour en marque la trahison.

Car les revendications lycéennes peuvent s’entendre pour chacun d’entre nous qui sommes parents, même si elles ignorent la réalité budgétaire. Nombre d’établissements manquent de tout, les enseignants sont mal payés, les vocations se tarissent. Mais la cause de ce délabrement est l’éléphant au milieu de la pièce que personne ne veut voir. Nous venons de l’exposer avec notre contributeur Erwann Tison. Pour la première fois, l’annexe « Pensions » du budget 2027 détaille le poids des retraites ministère par ministère. En 2027, l’Éducation nationale consacrera ainsi 28,5 milliards d’euros aux pensions de ses agents retraités, soit 32 % de son budget. Sur 100 euros annoncés pour l’école, 68 seulement financent l’enseignement. Il en va de même à l’Intérieur, où 30 % des crédits ne paient pas la sécurité, et aux Armées. Le réarmement tant vanté, 6,4 milliards supplémentaires, reste inférieur aux 8,4 milliards que la Défense reverse chaque année au compte des pensions.

Or qui harangue aujourd’hui les lycéens ? Ceux-là mêmes qui ont exigé la suspension, voire l’abrogation, de la réforme des retraites, qui refusent toute refonte d’ampleur du système et ont combattu la moindre dose de capitalisation dans le privé. Ils réclament toujours plus de moyens pour l’école en sanctuarisant la dépense qui les dévore. Ironie du sort, ils accusent le gouvernement de tous les maux, en oubliant au passage que les lycées relèvent des régions pour leurs bâtiments, leurs équipements et leur fonctionnement. Tartufferie.

Et quand il s’agit de trouver l’argent, les remèdes font souvent rire. Outre de toujours plus taxer dans ce pays déjà champion du monde des taxes. Certains, comme nous l’a dit une responsable lycéenne, voudraient que l’État cesse de financer l’enseignement privé sous contrat. Son coût avoisine certes 9 milliards d’euros. Mais un élève du privé coûte près de deux fois moins cher à la collectivité qu’un élève du public, notamment parce que ses enseignants relèvent du régime général de retraite. Renvoyer deux millions d’élèves vers le public coûterait bien davantage que cela ne rapporterait. D’autres voudraient sacrifier la culture, qu’ils prétendent pourtant défendre, ou rogner la défense, dans un contexte de tensions internationales inédites. Tartufferie encore.

Cette duplicité ne se limite pas à l’école. Elle structure le discours d’une bonne partie de la gauche, France insoumise en tête, sur à peu près tous les sujets d’avenir. LFI veut relancer le fret ferroviaire, mais la présidente de son groupe à l’Assemblée, Mathilde Panot, est allée manifester en Savoie contre la liaison Lyon-Turin, dont la vocation première est précisément de faire passer les marchandises de la route au rail, alors que seuls 8 % des échanges entre la France et l’Italie empruntent aujourd’hui les voies ferrées. Elle prône la souveraineté industrielle française, mais combat la mine de lithium d’Échassières, dans l’Allier, qui pourrait équiper près de 700 000 voitures électriques par an. Elle réclame une souveraineté numérique, mais dénonce les data centers, ces « cathédrales de la technonation », selon les mots de son député Arnaud Saint-Martin, et a déposé des amendements pour en freiner l’implantation. Des data centers qui choisissent la France pour son électricité décarbonée. Une électricité décarbonée grâce au nucléaire, dont Jean-Luc Mélenchon promet la sortie depuis 2012. Tartufferie, infiniment…

In fine, les lycéens qui défilent aujourd’hui dans nos rues, rejoints par les éléments d’une radicalité instrumentalisée, paieront demain la facture de ce conservatisme maquillé en progressisme. Ils hériteront d’un système de retraite qu’ils financeront sans espoir d’en profiter, d’une dette qu’on leur interdit de regarder en face, et d’un pays qui aura refusé les usines, les mines, les réseaux et l’énergie de leur prospérité. Ils méritent mieux que d’être les figurants d’une campagne présidentielle déjà engagée. Ils méritent qu’on leur dise la vérité des chiffres. Et, reconnaissons-le, elle est cruelle.