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Temps de lecture : 9 minutes

1 février 2026

Savez-vous qu'une simple petite fleur a posé les bases du capitalisme moderne ? Et même du système boursier, avant d'être à l'origine de la première crise spéculative ? Une histoire édifiante, qui prend racine dans l’une des nations les plus économiquement innovantes, les Pays-Bas du XVIIe siècle.

C'est l'époque où les Provinces-Unies, cette confédération de sept régions rebelles issues des anciens Pays-Bas espagnols, émergent comme une puissance inattendue sur la scène européenne, au regard de leur taille modeste. Nées de la révolte contre la domination ibérique initiée en 1568 par Guillaume d’Orange, ces territoires du Nord (Hollande, Zélande, Utrecht, etc.) s’affranchissent progressivement d’un empire catholique oppressif pour forger une république protestante, tolérante et commerçante. C’est l’Âge d’or néerlandais, une ère de prospérité fulgurante alimentée par le commerce maritime, les innovations techniques et une flotte qui, prenant la suite de l'Espagne et du Portugal, domine les mers, reliant les Provinces-Unies aux Indes orientales via la Compagnie des Indes orientales, fondée en 1602.

Amsterdam, avec son port à l'activité bouillonnante et ses canaux labyrinthiques, devient le centre névralgique de ce miracle économique et un symbole d'ouverture, attirant marchands, artistes et penseurs de toute l’Europe, dont nombre de réfugiés de l'intolérance, comme Descartes ou John Locke, le père du libéralisme. Cette transformation culmine en 1648 avec le traité de Westphalie, qui consacre l’indépendance formelle des Provinces-Unies, posant les bases des Pays-Bas actuels, un État unifié dont nous avons déjà narré dans ces colonnes la grande habileté économique.

Dans ce paysage d’abondance et d’innovation, une fleur venue d’ailleurs s’impose comme un emblème inattendu : la tulipe. Introduite en Europe occidentale vers la fin du XVIe siècle par l’intermédiaire de l’Empire ottoman, où elle ornait les jardins des sultans et symbolisait la perfection divine, elle arrive aux Provinces-Unies grâce à des botanistes comme Carolus Clusius, qui, en 1593, plante les premiers bulbes à l’Université de Leyde. Rapidement, la fleur captive l’élite néerlandaise. Ses pétales vifs, ses formes variées et ses couleurs chatoyantes, allant du rouge éclatant au jaune doré, en passant par des motifs panachés rares, deviennent un signe de raffinement et de statut social. Dans une société calviniste où la richesse s’affiche discrètement, posséder un jardin de tulipes équivaut à exhiber une fortune subtile.

Au fil du temps, cette fleur transcende son rôle ornemental pour s’ancrer dans l’identité nationale des Pays-Bas. Aujourd’hui encore, les champs infinis de tulipes dans le parc floral de Keukenhof (le plus grand du monde), à l’ouest du pays, attirent des millions de visiteurs. La fleur incarne l’esprit néerlandais, entre exaltation de la beauté éphémère et renaissance éternelle offerte par le printemps. Un rappel de la fugacité de la vie dans une nation où l’eau menace constamment les digues.

Pourtant, au-delà de sa grâce florale, la tulipe joue un rôle central dans l’histoire économique mondiale, marquant les débuts d’une aventure spéculative connue sous le nom de tulipomanie, entre 1634 et 1637.

Une fleur précurseur des bourses modernes

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