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Temps de lecture : 3 minutes

21 octobre 2026

C’était le seuil redouté, et il vient d’être franchi : la France emprunte désormais à plus de 5 % sur dix ans. À deux jours du verdict de Moody’s et à trois d’une nouvelle journée de manifestations, la crise de la dette menace de s’engager dans une spirale infernale.

Juillet 2002 : Jacques Chirac vient d’être réélu et l’euro, créé trois ans plus tôt, est encore une monnaie toute jeune. C’est la dernière fois que la France a payé 5 % pour emprunter à dix ans. Mercredi 21 octobre, l’OAT a repassé ce seuil, trois semaines après l’avoir frôlé et moins de trois mois après avoir franchi les 4 %, fin juillet. Une première depuis 2009.

Graphique de l'évolution du taux d'emprunt à dix ans de la France franchissant la barre des 5 % en octobre 2026.
Le taux d’emprunt à dix ans de la France franchit le seuil symbolique des 5 % en octobre 2026.

Pourtant, en 2002, la situation était beaucoup moins inquiétante. Toute l’Europe empruntait à ce prix, Allemagne comprise, et la dette française ne pesait que 59 % du PIB. Aujourd’hui, l’écart avec le Bund atteint 153 points de base, la France emprunte plus cher que l’Italie et sa dette s’élève à 3 595 milliards d’euros, soit 119 % du PIB.

Les émeutes du 17 octobre ne sont pas pour rien dans cette nouvelle envolée des taux. Les pillages, largement repris par la presse étrangère, ont renforcé la défiance et augmenté la perception du risque politique, à six mois de la présidentielle.

En conséquence, l’Agence France Trésor prévoit une charge de la dette de 62,6 milliards d’euros cette année, soit 3 milliards de plus que prévu. En 2027, 340 milliards devront être empruntés sur les marchés, un record. Chaque nouvelle adjudication remplace, pour dix ans, de la dette à 1 % par de la dette à 5 %. La facture est également salée pour les entreprises, notamment les plus fragiles, qui voient leurs taux grimper à 6,5 %, voire 7 %.

Et dans deux jours, Moody’s, dernière des trois grandes agences à classer la France en catégorie Aa, devra rendre sa nouvelle notation. Elle pourrait la ramener à A1, au niveau de Fitch et de Standard & Poor’s. S&P rendra d’ailleurs elle aussi sa copie le 27 novembre, avant l’examen d’un budget dont Moody’s juge l’adoption loin d’être certaine dans un Parlement morcelé.

Plus que jamais, la question de l’intervention de la BCE sera alors d’actualité. Les conséquences risquent d’être terribles, et les Français n’y sont visiblement absolument pas préparés.