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Temps de lecture : 9 minutes

25 mai 2026

Construire une gigafactory IA en France, lutter contre le cancer grâce au nucléaire, recycler les déchets avec un mini-réacteur, inventer un marque-page intelligent et traiter l’obésité… C’est parti pour Électroscope #28 !

Bientôt une « gigafactory » européenne de l’IA en France ?

Et si l’avenir de l’intelligence artificielle européenne s’écrivait depuis la France ? Face à l’hégémonie technologique américaine et asiatique, huit poids lourds tricolores de la tech, de l’énergie et de la finance lancent une contre-offensive d’envergure.

Annoncé ce 20 mai 2026, le consortium inédit baptisé « AION » rassemble huit champions nationaux : Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, le groupe Iliad, Orange et Scaleway. Leur objectif commun ? Porter une candidature française unifiée et ainsi remporter l’appel d’offres de l’Union européenne pour implanter une « gigafactory IA » de pointe sur le territoire français. Un projet à 10 milliards d’euros.

L’enjeu est colossal. Il s’agit de doter le continent d’une infrastructure souveraine, capable d’héberger, d’entraîner et de déployer des modèles d’intelligence artificielle à très grande échelle. Pour relever ce défi, chaque membre de l’alliance apporte une brique stratégique. Bull fournira les supercalculateurs haute performance, tandis qu’Orange et Scaleway (filiale cloud d’Iliad) déploieront les infrastructures d’hébergement. De leur côté, Capgemini et Artefact piloteront l’intégration de ces solutions pour les entreprises, le tout soutenu par la force de frappe financière du fonds d’investissement Ardian.

L’atout maître de la candidature française réside aussi dans l’énergie. L’IA nécessitant une puissance de calcul extrêmement énergivore, l’intégration d’EDF au projet est décisive. Elle garantit à la future gigafactory un abondant approvisionnement en électricité, compétitif et surtout bas carbone, grâce à notre mix nucléaire / renouvelable. Cet avantage permettra au consortium de maîtriser l’empreinte environnementale de cette super-infrastructure.

Ouvert sur un vaste écosystème de partenaires de la recherche et de la tech (Inria, Hugging Face, Kyutai, Quandela…), le projet AION entend privilégier les technologies open source. Plus qu’un défi technique, cette alliance industrielle marque une étape importante pour l’indépendance et la compétitivité de l’Europe dans la course mondiale à l’IA.

Le nucléaire pour guérir le cancer ?

Et si l’arme de demain contre le cancer se cachait dans l’industrie nucléaire ? Loin des réacteurs produisant notre électricité, c’est une véritable révolution médicale qui se déploie aux portes de Paris, où l’atome est désormais dompté pour traquer et détruire les cellules tumorales avec une précision chirurgicale.

Orano Med, filiale du géant français du nucléaire Orano (ex-Areva), a franchi une étape majeure en inaugurant son nouveau siège mondial et son centre d’excellence scientifique à Villejuif. Implanté au cœur du prestigieux Paris-Saclay Cancer Cluster, ce nouveau site marque un tournant pour le groupe. Orano, mondialement connu pour son expertise dans le cycle du combustible, confirme une seconde ambition : devenir l’un des leaders mondiaux de la médecine nucléaire thérapeutique.

Son innovation repose sur une approche clinique avant-gardiste : l’alphathérapie ciblée. Le principe consiste à utiliser le plomb-212, un isotope radioactif rare issu de ses stocks historiques de thorium, pour cibler et détruire les cellules cancéreuses en épargnant les tissus sains environnants. Grâce à sa demi-vie courte de 10,6 heures, ce composé limite l’exposition radiologique du patient, tout en offrant le temps requis pour un acheminement logistique depuis le site de production jusqu’au centre de soins. C’est un compromis scientifique complexe dans lequel l’entreprise a pris une avance notable.

Ce nouveau pôle de recherche renforce le maillage national d’Orano et s’inscrit dans une logique de souveraineté sanitaire française. En s’implantant à Villejuif, au contact direct des chercheurs, cliniciens et start-up de référence en oncologie, la société se dote d’un écosystème idéal pour accélérer le développement de ses futurs médicaments. Le site prend en effet place au sein de l’infrastructure « The Hive », un projet de 1,8 milliard d’euros qui rassemblera plus de 300 professionnels de l’oncologie d’ici fin 2026.

Un marque-page intelligent qui numérise la mémoire du lecteur

Et si le meilleur moyen de protéger la lecture traditionnelle des distractions numériques était d’y introduire… un appareil électronique ? C’est le paradoxe assumé par le Mark II, un « marque-page intelligent » qui ambitionne de jeter un pont entre l’authenticité du livre imprimé et la sauvegarde numérique.

À l’heure où les écrans monopolisent l’attention et où l’intelligence artificielle résume des pavés en quelques secondes, une start-up tente un pari paradoxal : utiliser la technologie pour ramener les lecteurs vers le papier. L’entreprise vient de dévoiler le Mark II, un dispositif en deux volets visant à moderniser l’expérience du livre physique.

L’objet se compose d’un signet classique, qui demeure dans l’ouvrage, et d’un module actif faisant office de surligneur technologique. Ce dernier intègre un scanner optique pour capturer des extraits de texte à la volée, doublé d’un enregistreur vocal permettant au lecteur de dicter ses propres réflexions sans interrompre son immersion.

L’argumentaire de l’entreprise repose sur la volonté de préserver une expérience de lecture ininterrompue. Contrairement aux smartphones, sources constantes de distraction, le Mark II fonctionne hors ligne. L’appareil se veut dormant, ne s’activant qu’à la demande expresse de l’utilisateur. Ce n’est qu’a posteriori, lors de la synchronisation avec une appli dédiée, que les citations numérisées et les mémos vocaux sont agrégés. L’application promet d’indexer ces fragments de connaissances, dans le but de faciliter la recherche et la mise en perspective des idées glanées au fil des découvertes sur papier.

Proposé en précommande pour des livraisons nord-américaines à partir de fin 2026, le Mark II se positionne sur un marché de niche. Avec une capacité de stockage de 8 Go et une autonomie promise de 7 jours, il s’adresse principalement aux chercheurs, étudiants ou passionnés soucieux de conserver une trace de leurs lectures.

Un traitement réduisant le poids de 30 % ?

Et si on pouvait perdre plus de 30 kilos sur simple prescription médicale, sans jamais passer par la case chirurgie ? Un scénario en passe de devenir une réalité. Le géant pharmaceutique américain Eli Lilly vient de dévoiler les résultats spectaculaires de l’essai clinique de phase 3 TRIUMPH-1 concernant son traitement expérimental, le retatrutide, bousculant l’ensemble du marché de la santé.

Les données officielles publiées par le laboratoire sont sans appel. Administrée par injection hebdomadaire, cette molécule de dernière génération cible simultanément trois récepteurs hormonaux (GIP, GLP-1 et glucagon). Les résultats montrent une perte de poids moyenne de 28,3 % après 80 semaines de traitement à la dose maximale de 12 mg. Plus impressionnant encore : lors d’une phase d’extension s’étalant sur 104 semaines pour les patients souffrant d’obésité sévère (IMC supérieur à 35), la perte de poids a atteint la barre symbolique des 30,3 %, soit une moyenne de 38,5 kg évaporés.

Cette triple action offre une efficacité inédite qui vient directement tutoyer les standards de la chirurgie bariatrique. D’ailleurs, à l’issue de la 80e semaine de traitement, plus de 65 % des participants ayant reçu la dose la plus forte présentaient un IMC inférieur à 30, sortant de facto du seuil clinique de l’obésité. L’avancée médicale va au-delà de la balance : les essais confirment des améliorations drastiques sur la santé globale, bien que des effets secondaires gastro-intestinaux habituels (nausées, vomissements) soient notés.

Alors que l’obésité est une épidémie mondiale, cette percée thérapeutique marque un véritable tournant. Si les autorités sanitaires valident sa mise sur le marché, le retatrutide pourrait redéfinir la prise en charge de dizaines de millions de patients.

Nucléaire de demain : la pépite française Otrera lève 17 millions d’euros pour son mini-réacteur

Et si l’avenir de notre indépendance énergétique tenait dans une cuve de moins de trois mètres de diamètre, capable de recycler nos déchets radioactifs ? C’est le pari de la start-up française Otrera, qui vient de franchir une nouvelle étape pour industrialiser son petit réacteur modulaire (SMR).

Issue de l’essaimage du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), la jeune pousse aixoise Otrera vient d’annoncer avoir bouclé une levée de fonds de 17 millions d’euros. Réunie auprès d’un consortium d’investisseurs 100 % français, cette enveloppe vise à accélérer le développement de son réacteur nucléaire de quatrième génération.

La technologie portée par Otrera entend marquer une véritable rupture. Son réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium, d’une puissance de 110 mégawatts, présente un double avantage écologique. D’une part, il est capable de réutiliser les assemblages de combustibles usés (MOX) issus du parc nucléaire actuel. D’autre part, il est conçu pour fonctionner en totale autonomie pendant une durée de dix ans, sans nécessiter de rechargement. En plus de produire une électricité bas-carbone, l’installation pourra fournir de la chaleur valorisable pour les industriels ou les réseaux urbains.

Grâce à cet apport financier, Otrera passe de la conception à la structuration industrielle. Cette dynamique s’inscrit dans le prolongement de ses récentes annonces, notamment le choix de Cherbourg-en-Cotentin (Manche), début avril, pour implanter sa future usine de fabrication de composants et son pôle technologique.

Lauréate du programme France 2030 (et donc soutenue par Bpifrance), et capitalisant sur des décennies d’expertise française (notamment le projet Astrid) pour proposer un modèle ultra-compact et fabricable en série, Otrera vise la mise en service d’un premier démonstrateur d’ici 2032, si tout se passe comme prévu.

Chaque lundi, Les électrons libres vous propose un tour d’horizon des nouvelles électrisantes qui secouent le monde de la tech et œuvrent en faveur d’un progrès à même de changer votre quotidien.

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