Progrès humain
Israël, Iran, cadmium, acétamipride, taxe Zucman, dette, islam, immigration, A69 : la liste de nos fractures ne cesse de s’allonger. Nous en sommes venus à nous déchirer pour des réserves d’irrigation (méga-bassines), transformant de simples chantiers agricoles en champs de bataille symboliques d’une quasi-guerre civile. Ce climat n’est pas seulement tendu, il est le symptôme d’une pathologie démocratique profonde : la polarisation. Ce mécanisme ne se contente pas de nous diviser ; il fracture la société en deux blocs antagonistes où la nuance est perçue comme une trahison et l’hostilité envers le camp adverse comme un devoir moral. Dans ce processus, le dialogue s’évapore au profit de l’anathème.
Dans notre logiciel social actuel, l’inflexibilité est trop souvent confondue avec la force de caractère. Pourtant, cette capacité à réviser son jugement face à des preuves nouvelles est le cœur battant de la démarche scientifique — une forme d’humilité intellectuelle qui constitue le socle indispensable d’une démocratie saine. Nous assistons aujourd’hui à l’érosion de ce jardin intérieur, cet espace de réflexion intime, au profit de tranchées idéologiques où l’on ne cherche plus à comprendre le réel, mais seulement à ne pas perdre la face.
Pour sortir de cette impasse, il faut réhabiliter une distinction fondamentale : la différence entre le descriptif (ce qui est) et le prescriptif (ce que l’on souhaite). Même avec les meilleurs faits du monde, la décision reste souvent un arbitrage de valeurs, domaine complètement étranger à la science. La science ne dit pas que le chocolat est meilleur que la vanille, Nantes plus belle qu’Angers ou la liberté plus importante que l’égalité.
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