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Temps de lecture : 10 minutes

6 avril 2026

Retourner sur la Lune, soulager l’endométriose, robotiser les prises de sang, éduquer les robots et fabriquer des drones en carton… C’est parti pour Électroscope #21.

Retour vers la Lune !

Cinquante-quatre ans exactement après la mission Apollo 17, en décembre 1972, l’homme revient vers la Lune avec le programme Artemis II, dont nous suivons l’aventure en direct. Après la victoire de la course à l’espace contre les Soviétiques, l’Amérique avait tourné la page : budgets coupés, priorités terrestres, fin de la guerre froide… Un demi-siècle plus tard, le rêve sélénite est de retour !

N’en déplaise aux complotistes, qui font de la difficulté à revenir à ce type de missions un argument pour prétendre que jamais l’homme n’a mis les pieds sur la Lune, le vol habité en cours est un véritable exploit. Le programme Apollo était un sprint politique et financier exceptionnel, financé à hauteur de 4 à 5 % du budget fédéral américain dans un contexte de guerre froide. Or, par la suite, les priorités ont changé, les budgets de la NASA ont été drastiquement réduits, et les savoir-faire techniques ont été en grande partie perdus avec le départ à la retraite des équipes. De plus, les ambitions actuelles (base permanente sur la Lune, réutilisabilité, normes de sécurité modernes beaucoup plus strictes et intégration de partenaires privés) rendent le projet bien plus complexe et coûteux à long terme qu’un simple « aller-retour » comme dans les années 1960-1970, exigeant un soutien politique stable sur plusieurs décennies. Cela explique pourquoi il a fallu plus de 50 ans pour revenir, malgré les avancées technologiques. Il n’était pas question de « cacher quelque chose », ni de facilité perdue, mais bien de volonté politique, d’argent et de vision durable.

Jusqu’à ce 1er avril, où tout a changé. La fusée SLS a décollé du Kennedy Space Center, en Floride, propulsant le vaisseau Orion (baptisé Integrity) et ses quatre astronautes vers la Lune. À bord : Reid Wiseman (commandant), Victor Glover (pilote), Christina Koch et le Canadien Jeremy Hansen.

Ce n’est pas encore un alunissage – Artemis II est un vol de test de dix jours –, mais il est loin d’être anodin. Après un décollage parfait, l’équipage a réussi la manœuvre critique d’injection translunaire le 2 avril, quittant définitivement l’orbite terrestre. Après avoir filé vers le satellite de la Terre, il le survolera aujourd’hui. Les astronautes passeront à environ 6 400 km de la surface, y compris de la face cachée, que seuls les astronautes d’Apollo ont brièvement aperçue. Ce soir, à partir de 20 h 45, attendez-vous à des images en haute définition (certaines en 4K) de cette face cachée, retransmises quasiment en direct. Des vues qu’aucun œil humain n’a contemplées depuis 1972.

Mais ce voyage n’a rien d’une croisière et se déroule dans des conditions des plus spartiates. Les astronautes dorment attachés et vivent dans un espace confiné où chaque geste est calculé. Ils sont en train de repousser les limites de ce que l’humain peut endurer si loin de chez lui – plus loin encore que l’équipage d’Apollo 13 à l’époque.

Ce qui rend cette mission extraordinaire, c’est qu’elle teste en conditions réelles tout ce qui manquait jusqu’ici : le bouclier thermique pour une rentrée atmosphérique à très haute vitesse, les systèmes de survie pour plusieurs jours, la navigation en espace profond. Les premiers clichés de la Terre, déjà publiés, montrent notre planète comme une sphère bleue, fragile et magnifique – de quoi faire taire, une fois de plus, les platistes. Et surtout, Artemis II pose les bases concrètes de l’avenir : une base permanente sur la Lune, soit un avant-poste pour en exploiter les ressources, préparer des missions vers Mars et installer une présence durable de l’humanité dans l’espace lointain.

Après un demi-siècle d’absence, l’esprit des grands explorateurs est de retour. Fragile, risqué, mais bien vivant. L’humanité regarde à nouveau vers le haut.

Et si, ainsi, lever les yeux vers l’astre sélénite vous donne des frissons, nous vous conseillons de poursuivre ce voyage avec un ouvrage hors norme récemment paru, Le Dictionnaire amoureux de la lune (Plon), du géopolitologue Dominique Simonnet. Où poésie, capacité d’émerveillement et informations inédites se croisent avec grâce.

Des ultrasons contre l’endométriose

Des ultrasons pour vaincre le cauchemar de nombre de femmes ? C’est ce que la recherche française permet désormais de proposer aux victimes de l’endométriose. Cette pathologie touche une femme sur dix et reste, pour beaucoup, une source de douleurs intenses et de souffrances quotidiennes. Dans cette maladie, du tissu semblable à celui qui tapisse l’intérieur de l’utérus se développe en dehors de celui-ci. À chaque cycle menstruel, ce tissu s’enflamme et provoque des douleurs très fortes, pouvant même condamner la possibilité d’enfanter.

Longtemps cantonnée à des traitements hormonaux ou à des chirurgies lourdes et complexes, cette maladie invalidante voit enfin poindre une solution thérapeutique, née à Lyon. Aux Hospices civils de Lyon (hôpital de la Croix-Rousse), le professeur Gil Dubernard et son équipe ont détourné une technologie déjà éprouvée dans le traitement du cancer de la prostate : les ultrasons focalisés de haute intensité. Grâce à un dispositif robotisé, développé en collaboration avec l’INSERM et la société EDAP TMS, les médecins appliquent ces ondes de manière précise et non invasive, par voie endorectale, sans incision ni cicatrice.

En quelques minutes seulement, les ultrasons génèrent une ablation thermique qui détruit les lésions endométriosiques, notamment dans les formes les plus sévères. La procédure, réalisée en ambulatoire ou avec une hospitalisation très courte, permet aux patientes de rentrer chez elles le jour même ou le lendemain, avec une réduction souvent rapide des douleurs pelviennes, digestives et urinaires, tout en préservant leur fertilité. Aujourd’hui, les Hospices civils de Lyon sont devenus le premier centre au monde à l’offrir en routine, en alternative à la chirurgie traditionnelle. Une capacité initiale d’une centaine de patientes est prévue pour la première année, et l’intervention est désormais remboursée par l’Assurance maladie.

Cette avancée porte un immense espoir pour toutes les femmes confrontées à l’endométriose sévère. Elle promet de soulager des souffrances chroniques sans les contraintes mutilantes des opérations classiques, tout en ouvrant la voie à une prise en charge plus douce, plus rapide et plus respectueuse de la qualité de vie. Si elle ne guérit pas toutes les formes de la maladie, elle représente un progrès majeur qui change déjà concrètement le quotidien de nombreuses patientes.

La prise de sang robotique

Imaginez entrer dans un laboratoire ou un hôpital, vous asseoir tranquillement, et voir un robot accomplir, avec une précision remarquable, l’intégralité d’une prise de sang, sans qu’aucune main humaine ne touche l’aiguille. Ce scénario est devenu réalité grâce à Aletta, le premier robot autonome au monde dédié aux prélèvements sanguins.

Développé par la startup néerlandaise Vitestro, Aletta combine intelligence artificielle, robotique de pointe et imagerie multimodale. Le patient s’installe confortablement ; le robot positionne le bras, applique un garrot, localise avec une grande exactitude une veine adaptée, insère l’aiguille avec une précision submillimétrique, collecte les échantillons nécessaires, retire l’aiguille et pose enfin un pansement. Toute la procédure se déroule de manière entièrement automatisée.

Cette innovation réduit significativement le stress lié aux piqûres répétées, particulièrement pour les personnes aux veines difficiles à trouver. Les premiers résultats des essais cliniques sont encourageants : un taux de réussite dès la première tentative avoisinant les 95 %, et une grande majorité de patients qui jugent l’expérience aussi confortable, voire plus agréable, qu’une prise de sang traditionnelle. Surtout, Aletta permet aux infirmiers et aux phlébotomistes de consacrer davantage de temps à l’accompagnement humain des patients, tout en répondant aux pénuries de personnel dans les laboratoires et les hôpitaux. Avec Aletta, un geste médical courant devient plus fiable, plus serein et plus moderne.

Robotique : l’IA change tout !

99 % de réussite ! GEN-1 est peut-être le premier modèle d’IA véritablement capable de maîtriser les tâches physiques fondamentales grâce à la startup américaine Generalist AI. Grâce à un entraînement massif sur des centaines de milliers d’heures d’interactions physiques, suivi d’une adaptation très rapide, GEN-1 atteint des performances impressionnantes : un taux de réussite moyen de 99 % sur des tâches où les modèles précédents restaient autour de 64 %, une vitesse d’exécution jusqu’à trois fois supérieure à l’état de l’art, et une capacité remarquable à s’adapter en temps réel aux imprévus. Le robot peut ainsi improviser, récupérer une situation inattendue ou ajuster son geste avec une fluidité surprenante.

Cette avancée rapproche les robots d’une fiabilité et d’une efficacité suffisantes pour envisager des applications concrètes dans la logistique, l’assistance ou la production industrielle. Au lieu de répéter mécaniquement des gestes programmés, les robots équipés de GEN-1 commencent à faire preuve d’une réelle forme d’intelligence. Bien sûr, il ne s’agit encore que de tâches simples, et le chemin vers des robots universels reste long. Mais GEN-1 marque un pas décisif vers ce que beaucoup appellent le « moment ChatGPT de la robotique » : le passage d’expériences de laboratoire à des systèmes véritablement utiles au quotidien.

Des drones qui cartonnent !

Des drones fabriqués presque entièrement en carton ondulé ? C’est possible ! Baptisé AirKamuy 150, cet appareil à aile fixe, développé par la startup japonaise AirKamuy, vole à 120 km/h, s’assemble en seulement cinq minutes sans aucun outil et se présente sous forme de kit plat ultra-compact. Le mariage entre la technologie et la plus pure simplicité. Ce type de drones peut être produit en masse dans n’importe quelle usine de carton ordinaire, sans nécessiter de matériaux high-tech coûteux ni de chaînes de fabrication sophistiquées. Son coût unitaire, estimé à moins de 3 000 dollars, ouvre la porte à une production à très grande échelle. Conçu pour être déployé en essaims massifs, il mise sur la quantité et la rapidité plutôt que sur la sophistication individuelle. Biodégradable, léger et facile à stocker, il combine endurance (jusqu’à 80 minutes de vol selon les versions) et capacité de charge utile pour des missions de reconnaissance, de logistique ou de défense. Cette approche rend accessible une technologie autrefois réservée aux budgets militaires importants et permet d’envisager des applications civiles comme l’aide aux catastrophes, la surveillance maritime ou le transport rapide en zones difficiles. Surtout, elle démontre que l’innovation ne passe pas toujours par la complexité. Elle rappelle aussi une approche développée par l’armée ukrainienne, qui a reçu et déployé des centaines de drones australiens Corvo PPDS. Surnommés « cardboard drones », ils s’assemblent rapidement avec du ruban adhésif, des élastiques et de la colle, et sont principalement fabriqués à partir de carton traité pour résister à l’humidité. Depuis, Kiev est néanmoins passé à la vitesse supérieure dans ce domaine…

Chaque lundi, Les Électrons libres vous propose un tour d’horizon des nouvelles électrisantes qui secouent le monde de la tech et œuvrent en faveur d’un progrès à même de changer votre quotidien.

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