Voir triompher Ariane 64, franchir un cap décisif dans la fusion nucléaire, réinventer la robotique, transformer l’imagerie médicale et redonner la vue… C’est parti pour Électroscope 14.
Ariane 64 : le poids lourd de l’Europe reprend sa couronne
Alors que tous les regards sont rivés sur l’arrivée de l’astronaute française Sophie Adenot dans la Station spatiale internationale, l’Europe vient de franchir une étape décisive. Le ciel de Kourou a tremblé ce 12 février, et avec lui, les doutes qui pesaient sur l’autonomie spatiale européenne : pour son vol inaugural, la configuration « 64 » d’Ariane 6, équipée de quatre propulseurs d’appoint à poudre, a réalisé un sans-faute.
La fusée a placé sur orbite basse une grappe de 32 satellites pour la constellation Amazon LEO, marquant le début d’un ballet logistique qui verra l’Europe déployer une large partie de l’infrastructure que désire construire le géant américain du cloud et du e-commerce.
Ce succès valide la stratégie de modularité prônée par le CNES et ArianeGroup. Là où Ariane 62 (deux boosters) assure les missions institutionnelles et scientifiques plus légères, la version 64 s’attaque frontalement au marché des constellations, jusqu’ici chasse gardée de SpaceX. Les deux boosters supplémentaires offrent la poussée nécessaire pour arracher jusqu’à 21,6 tonnes à la gravité terrestre vers l’orbite basse. Dans cette configuration, qui inclut également une coiffe longue de 20 mètres, elle s’impose comme la fusée la plus puissante et la plus haute jamais construite par une nation européenne…Mais au-delà de la performance technique, c’est la flexibilité industrielle qui est saluée. Le corps central reste identique, quelle que soit la mission : seul l’ajout de la coiffe et des P120C change la donne. Cette évolution est d’ailleurs loin d’être terminée, puisque l’arrivée prochaine des boosters P160C, plus performants, promet déjà d’accroître encore la capacité d’emport de la fusée !
Cette « mécanique de Lego » permet de cadencer la production et de rationaliser les coûts, une nécessité vitale dans une économie spatiale devenue impitoyable. Avec ce superbe vol, la France et ses partenaires européens prouvent que le Vieux Continent dispose d’une technologie capable de porter les charges les plus lourdes du marché.
Helion Energy : l’étoile en bouteille se rapproche
Si Ariane maîtrise le feu chimique, Helion Energy apprivoise la fusion nucléaire. La start-up américaine, basée à Everett, vient d’annoncer une percée majeure vendredi dernier : son prototype « Polaris » a atteint une température de plasma de 150 millions de degrés Celsius, soit dix fois la température du cœur du Soleil !
Plus significatif encore, l’entreprise a obtenu des réactions de fusion deutérium-tritium mesurables et stables, ce qui constitue une première pour une si petite entité privée !
L’approche d’Helion tranche aussi radicalement avec les titanesques réacteurs de type tokamak (comme ITER). Au lieu de maintenir un plasma en continu dans un immense anneau magnétique, Helion utilise la technique « magnéto-inertielle pulsée ». Quèsaco ? Imaginez deux anneaux de plasma (du gaz ionisé) propulsés l’un contre l’autre à des vitesses supersoniques au centre d’une chambre à vide. La collision qui en résulte permet de comprimer le combustible jusqu’à la fusion, et l’énergie libérée est capturée directement par induction électromagnétique, sans passer par le cycle vapeur-turbine traditionnel.
Cette prouesse change la donne économique : en s’affranchissant de la lourde machinerie des turbines à vapeur, Helion promet de convertir l’énergie de fusion en électricité avec un rendement inégalé. Là où les réacteurs conventionnels perdent une immense partie de leur puissance en chaleur « inutile », ce système produit directement le courant. Ce qui permet d’envisager des centrales nucléaires compactes, rapides à construire et infiniment moins coûteuses que les chantiers pharaoniques actuels.
Les nouveaux jalons réalisés par Helion sont cruciaux pour maintenir la feuille de route ambitieuse de l’entreprise, qui vise la mise en service de sa centrale pilote « Orion » d’ici 2028. Cette installation, atteignant 50 mégawatts, sera la première au monde conçue non pour l’expérience scientifique, mais pour injecter de l’électricité de fusion « commerciale » dans le réseau. Celle-ci sera achetée par Microsoft pour alimenter ses data centers.
L’objectif ultime de l’entreprise reste la fusion aneutronique utilisant l’hélium-3, un « Saint Graal énergétique » : une électricité sans déchets radioactifs à longue vie. Avec les résultats encourageants du prototype Polaris, Helion suggère que l’ère de l’énergie de fusion pourrait arriver bien plus tôt qu’imaginé.
Allonic : la robotique hongroise qui a du « muscle »
Pendant ce temps, une révolution silencieuse s’opère dans des ateliers de Budapest. La start-up hongroise Allonic entend bousculer les paradigmes de la robotique humanoïde en remplaçant le métal… par du tissu.
Jusqu’ici, construire une main robotique signifiait assembler des centaines (et même des milliers) de petites pièces rigides : moteurs, engrenages, vis et câbles. Allonic propose une approche radicalement différente : le « 3D Tissue Braiding » (soit le tissage de tissus 3D). La machine d’Allonic « tisse » littéralement la structure du robot, intégrant un squelette rigide, des tendons souples et des actionneurs directement dans un processus de fabrication continu. Le résultat est une véritable main proposant quasiment les mêmes caractéristiques que celle des humains, et bientôt des corps entiers.
Cette méthode confère à leurs créations une fluidité « bio-inspirée ». La main d’Allonic possède une souplesse quasi naturelle. Elle peut encaisser des chocs, saisir des objets fragiles sans capteurs de pression complexes et interagir avec l’humain sans risque de blessure. En s’inspirant de la biologie pour la fabrication, Allonic espère résoudre un défi majeur de la robotique moderne : la complexité d’assemblage.
Vers le dépistage du cancer du sein à domicile
L’innovation médicale prend parfois la forme d’une simple sonde. Des chercheurs du MIT ont dévoilé début février une version mature de leur capteur à ultrasons portable, capable de scanner les tissus mammaires en profondeur. Contrairement aux mammographies traditionnelles, coûteuses, irradiantes et nécessitant une visite à l’hôpital, ce dispositif d’échographie souple se glisse aisément dans un sac et permet une imagerie en temps réel et en 3D.
L’enjeu est colossal : le cancer du sein reste l’un des plus meurtriers par sa fréquence, et son pronostic dépend presque entièrement de la précocité du diagnostic. Le problème actuel réside dans l’intervalle entre deux dépistages : une tumeur agressive se développe très vite entre deux mammographies espacées de plusieurs années. Le dispositif du MIT comble cet angle mort en permettant une surveillance trimestrielle ou même mensuelle à domicile, sans douleur.
La technologie repose sur un nouveau matériau piézoélectrique capable de générer des ondes ultrasonores de haute qualité tout en épousant les courbes du corps. Les essais cliniques récents montrent une résolution d’image désormais comparable à celle des échographies hospitalières, à même de repérer des kystes de 3 mm, voire plus petits. En démocratisant l’accès à l’imagerie médicale, le MIT propose de passer d’une médecine de réaction (traiter la maladie sur le tard) à une médecine vraiment préventive.

Miracle neurologique : quand le cortex s’éveille après le noir
C’est une histoire, médiatisée par le médecin-journaliste Marc Gozlan, qui défierait presque les manuels de neurologie. Une récente étude publiée par l’Université Miguel Hernández d’Elche (Espagne) rapporte le cas d’un patient aveugle depuis plus de trois ans, ayant recouvré une forme de vision naturelle à la suite d’une expérimentation d’implant cérébral.
Initialement, l’expérience visait à tester une prothèse visuelle intracorticale : un réseau de micro-électrodes implanté directement dans le cortex visuel pour « contourner » les yeux et le nerf optique défaillants. L’objectif de l’étude était de créer des points lumineux artificiels pour permettre au patient de s’orienter. L’implant a fonctionné, mais l’inattendu s’est produit en marge de cette stimulation artificielle.
Après plusieurs sessions, le patient a rapporté percevoir des lumières et des mouvements spontanément, sans que l’appareil ne soit activé ! Les tests ont confirmé qu’il parvenait à localiser des sources lumineuses et des silhouettes avec une précision qui était impossible avec sa condition antérieure. Contrairement aux essais précédents (comme ceux menés sur Bernadeta Gómez), qui avaient nécessité une stimulation active, cette nouvelle étude rapporte donc un cas de plasticité « inédit ».
Les chercheurs, stupéfaits, émettent l’hypothèse d’une adaptation neuronale rapide. La stimulation électrique aurait soit « réveillé » des circuits neuronaux dormants, soit forcé le cerveau à réorganiser ses voies de traitement visuel résiduelles. Ce cas unique (à ce stade) suggère que le cerveau, même privé de sens pendant de nombreuses années, ne s’éteint pas définitivement. Il attend parfois juste l’étincelle adéquate pour se rallumer…