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Temps de lecture : 8 minutes

21 septembre 2025

Non, ce n’était pas « mieux avant ». En réalité, le monde n’a jamais été durable. Mais, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des technologies changent la donne. Et si la neutralité carbone n’était plus une question de « si », mais de « quand » ?

L’affirmation selon laquelle « c’était mieux avant », et donc pire demain, est somme toute assez classique. Hélas, à cette idée s’en ajoute une autre, pernicieuse, qui s’instille dans la société française : celle du défaitisme. Les Français, peuple réputé râleur et pessimiste, sont saturés par un flux constant d’informations négatives : « on ne parle pas du réseau électrique espagnol quand il fonctionne, mais seulement quand il y a un black-out ». Cette morosité est de plus nourrie par un large aréopage d’intellectuels de plateau assez décourageants. On pourra notamment citer Jean-Baptiste Fressoz, qui ferraille pour démontrer l’impossibilité de la transition énergétique, ou encore Jean-Marc Jancovici, qui, bien qu’il en repousse constamment l’échéance, prophétise régulièrement la fin du pétrole et de la croissance économique, tout en critiquant les énergies renouvelables.

Ces deux idées, « c’était mieux avant » et « nous n’y arriverons pas sauf à renverser le système », forment un cocktail explosif : la garantie de l’échec, l’inaction climatique par excellence. Or ces deux idées, comme nous allons le voir, sont fausses.

Ce n’était pas mieux avant, loin de là

Faites l’expérience de pensée suivante : imaginez que vous deviez vous réincarner dans la peau d’un jeune bébé, mais que vous ne puissiez choisir que deux choses, la date et le pays – donc, ni votre sexe, ni votre orientation sexuelle, ni votre milieu social, ni votre religion, ni vos attributs physiques. Quelle date et quel pays choisiriez-vous ? À moins que vous ne soyez un fan absolu de la Grèce antique, vous devriez envisager de renaître aujourd’hui et dans un pays développé, car c’est de loin la meilleure époque et le meilleur lieu pour vivre.

Comme l’a dit Hannah Ritchie, une jeune chercheuse écossaise, « le monde n’a jamais été soutenable », car à aucun moment dans l’histoire de l’humanité les besoins des générations présentes n’ont été satisfaits sans compromettre ceux des générations futures.

Loin de l’image d’humains vivant en harmonie avec la nature, homo sapiens a depuis longtemps modifié violemment son environnement. À la fin du pléistocène (- 50 000 à - 10 000), il a exterminé le légendaire mammouth et l’ensemble de la mégafaune australienne, américaine et européenne. Depuis des millénaires et sur tous les continents, les peuples de chasseurs-cueilleurs utilisent le feu pour la culture sur brûlis et le débroussaillage massif. Enfin, l’invention de l’agriculture au néolithique a entraîné son lot de déforestation et d’érosion des sols. Ces bouleversements ont certes été plus lents que ceux observés aujourd’hui, mais ils ont été provoqués par une population bien moins nombreuse et équipée d’outils rudimentaires. Par ailleurs, l’immense majorité des plus de 100 milliards d’homo sapiens ayant jamais foulé la Terre ont vécu dans des conditions moyenâgeuses et indignes : mortalité infantile approchant les 50 %, travail des enfants et esclavagisme, obscurantisme, illettrisme, santé et hygiène déplorables, guerres, famines, absence de droits et de libertés, etc.

Le progrès peut-il encore progresser ?

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